Interview du CESE
ven 10 février, 2012Audition de la Section de l’éducation, de la culture et de la communication dans le cadre de l’avis intitulé : « Réussir la démocratisation de l’enseignement supérieur : l’enjeu du premier cycle.
Questions à Louis Vogel – cese par le_cese
Un jour, Un livre
mar 7 février, 2012Retrouvez mon entretien dans l’émission « Un jour, Un Livre » du 06/12/2010 :
Le gouvernement finance huit campus d’excellence
lun 6 février, 2012Le Figaro, samedi 4 février 2012, p. 3
LES LAURÉATS ont été annoncés officiellement vendredi matin à Bordeaux par François Fillon, accompagné du ministre de l’Enseignement Superieur et de Laurent Wauquiez La seconde vague de l’initiative d’excellence (Idex), l’une des composantes du grand emprunt, s’est recentrée sur la région parisienne. Lors de la première vague, trois projets avaient été sélectionnés : Paris sciences et lettres, Bordeaux et Strasbourg. Chaque université a reçu entre 700 et 750 millions d’euros de dotation. Les cinq nouveaux vainqueurs sont Sorbonne-Universités, Sorbonne-Paris Cité, Saclay, Aix-Marseille et Toulouse. Lyon, Grenoble et l’ universitéde Lorraine n’ont pas été retenus par le jury international composé notamment de Philippe Aghion, professeur d’économie de Harvard, ou de Jean Marc Rapp, président de l’Européan University association.
7,7 milliards d’euros
Les Idex visent « à faire émerger sur le territoire français cinq à dix pôles pluridisciplinaires d’excellence d’enseignement supérieur et de recherche de rang mondial », selon les consignes présidentielles. Les projets sélectionnés percevront pendant une « période probatoire de quatre ans » les revenus d’une « dotation non consommable spécifique ». Une enveloppe de 7,7 milliards d’euros est prévue.
Président de la conférence des présidents d’université et président du pôle de recherche et d’enseignement supérieur Sorbonne-Universités, Louis Vogel note au vu des résultats que « le potentiel scientifique français est beaucoup plus important que ne le laissent croire les classements internationaux » : « Le système français a été confronté au regard et à l’évaluation d’un jury international qui a estimé à la majorité des deux tiers que huit projets étaient de rang mondial. C’est encourageant ! »
Le projet d’ dex de Toulouse prévoit de fusionner ses trois établissements d’ici à 2018 autour d’un pôle centré sur l’aéronautique et l’espace. Celui de Sorbonne-Paris Cité comprend Sciences Po, l’université Paris Descartes, Paris Diderot, Sorbonne Nouvelle, Paris Nord, l’Institut de physique du globe, l’Inalco et l’École des hautes études en santé publique.
Sur le plateau de Saclay, un des projets phares du président de la République, sont désormais réunis Polytechnique, HEC, Centrale, Université Paris-XI Sud-Orsay et le Commissariat de l’énergie atomique. Souvent montrée en exemple, primée l’an dernier, Bordeaux a, quant à elle, décidé de passer d’un mélange hétéroclite d’écoles et d’universités à une grande université de recherche unifiée. « Ce principe nous a aidés par rapport à d’autres structures, plus fédérales, qui montrent aujourd’hui leurs limites », expliquait récemment au Figaro Manuel Tunon de Lara, président de l’université de Bordeaux. 10 % des postes qui se libéreront par les départs à la retraite vont être ciblés sur le périmètre d’excellence.
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Huit campus à vocation mondiale
lun 6 février, 2012
3 février 2012
Tout ne s’arrête pas avec la sélection des Initiatives d’excellence, [ces grands campus à vocation mondiale, NDLR] », assurait-on au Commissariat général à l’investissement (CGI) avant l’annonce des résultats de la deuxième vague de cet appel à projet phare du grand emprunt, doté, au total, de 7,7 milliards d’euros. C’est maintenant que tout commence pour les cinq lauréats distingués officiellement vendredi par François Fillon à Bordeaux : Toulouse, Aix-Marseille, Saclay, Sorbonne Universités(Paris-II, IV, VI) et Sorbonne Paris-Cité (Paris-III, V, VII, XII, Sciences po Paris, etc.). Ils viennent s’ajouter aux trois idex désignés en juillet (Bordeaux, Strasbourg et PSL Etoile avec Ulm, Dauphine, etc.)
A eux de concrétiser le projet retenu par le jury et le gouvernement pour former, d’ici à dix ans, des « pôles pluridisciplinaires d’excellence de rang mondial », susceptibles « d’attirer les meilleurs étudiants, les professeurs et chercheurs les plus reconnus », a expliqué le Premier ministre. Ce qui implique pour chacun d’importantes transformations, notamment de gouvernance. La nouvelle étape à franchir est l’élaboration d’une convention à signer avec l’Etat et l’Agence nationale de la recherche . Les dotations allouées à chaque idex- pour une période probatoire de quatre ans -devraient être connues dans moins d’un mois.
Reste à répartir près de 5,5 milliards d’euros, Strasbourg et PSL ayant été dotés de 750 millions quand Bordeaux – qui a signé sa convention vendredi -l’a été de 700 millions (soit 24 millions d’intérêts par an pour le campus). Ces fonds « ne se substituent pas aux crédits budgétaires », a assuré François Fillon. Une réponse aux inquiétudes fortes dans le secteur face au poids des financements extrabudgétaires, au détriment, critique-t-on, des crédits récurrents.
Quatre projets recalés
Si tout ne s’arrête pas avec la sélection, pour les quatre projets recalés – Grenoble, la Lorraine, Lyon et Hésam (Paris-I, Ehess, ENA, etc.) -, le coup est dur. Devant l’absence de Lyon, gênante quand Rhône-Alpes constitue le deuxième potentiel de recherche français, ainsi que du projet original de Hésam, François Fillon, soulignant la « grande qualité » de ces dossiers « utiles pour le pays », a demandé au commissaire général à l’investissement, René Ricol et au ministre de l’Enseignement supérieur, Laurent Wauquiez de les recevoir « pour voir comment financer ces projets sur d’autres crédits ». De quoi, peut-être, dégager une incitation financière de quelques millions d’euros par an, sans laquelle il sera difficile d’engager les transformations nécessaires à ces pôles. Ces déclarations ont été accueillies avec « attention » à Paris et à Lyon, malgré une immense déception et l’inquiétude « de constater l’absence incompréhensible de la région Rhône-Alpes sur la carte ». Vendredi, l’équipe de François Hollande a pointé le risque d’un « système à deux vitesses », avec « quelques pôles [...] aux moyens considérablement renforcés » et des « déserts universitaires et scientifiques ». Une crainte très présente dans le milieu universitaire. Le gouvernement table, lui, sur un effet locomotive des idex.
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Autonomie des universités : le piège du budget
mar 24 janvier, 2012Société, vendredi 20 janvier 2012, p. 12
Les présidents estiment cependant que la loi adoptée en 2007 leur a donné de nouveaux leviers d’action
Nathalie Brafman et Isabelle Rey-Lefebvre
Chaque début d’année, le même scénario risque de se reproduire : un bras de fer entre les universités et leur ministre à propos de leur budget. La preuve : lundi 16 janvier, la réunion du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), lors de laquelle Laurent Wauquiez devait présenter le budget pour 2012, a été largement boycottée. Les discussions reprendront le 23 janvier.
Le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche se défend : « Je me suis battu pour obtenir le maximum [une augmentation de 1,2 % en moyenne, soit 25,2 millions d'euros pour 2012] (…) dans un budget contraint. C’est un choix de justice. » Pour Stéphane Tassel du Snesup-FSU principal syndicat, « ce budget est une mystification ». « Le ministère met en avant une augmentation des moyens de 24,8 % sur cinq ans, entre 2007 et 2012, mais celui-ci ne porte que sur le fonctionnement et pas sur la masse salariale, soit 80 % du budget des établissements, ni sur l’investissement. De plus, les critères de répartition entre universités sont totalement opaques. »
L’une des réformes emblématiques du quinquennat de Nicolas Sarkozy se trouve ainsi ternie par les difficultés budgétaires. Les présidents d’université sont toutefois conscients du contexte de récession et de déficit public. « On nous dit que l’enseignement supérieur est mieux traité que les autres secteurs. Mais si l’on tient compte de l’inflation et de l’accroissement des charges, le budget 2012 est en réalité en recul en euros constants », fait valoir Louis Vogel, président de la Conférence des présidents d’université (CPU).
Pour faire accepter sa réforme, Mme Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur de 2007 à 2011, avait beaucoup promis – 15 milliards d’euros sur cinq ans. « On est loin du compte », souligne Khaled Bouabdallah, président de l’université Jean-Monnet-Saint-Etienne. M. Vogel insiste : « Il faut que l’effort se poursuive car nous ne sommes qu’à mi-chemin du rattrapage incontestable amorcé par Valérie Pécresse. Mais nos universités restent sous-dotées par rapport à nos voisins aux économies comparables. »
En 2007, la dotation de l’Etat par étudiant et par an s’élevait à 6 800 euros; aujourd’hui, elle est de 11 000 euros (15 000 euros pour les élèves de classes préparatoires). Mais, selon l’OCDE, la France reste loin des dépenses par étudiant et par an de la Suisse (15 700 euros) ou de la Suède (15 210 euros).
Pour Axel Kahn, candidat PS aux législatives à Paris et ex-président de l’université Paris-V – l’une des premières à avoir opté, en 2009, pour le nouveau statut -, « sans les moyens, l’autonomie est un piège ». « Est-ce une façon d’externaliser la révision des politiques publiques et de faire assumer des décisions impopulaires aux universités, parce qu’aucun pouvoir ne résiste à des étudiants dans la rue ? », s’interroge-t-il.
L’autonomie a un coût : ne serait-ce que celui du personnel pour gérer les nouveaux budgets. Les rectorats se sont bien gardés de transférer, avec la masse salariale, les fonctionnaires qui assuraient cette gestion jusqu’alors. L’université Paris-V a ainsi dû recruter pas moins de 25 personnes qualifiées pour gérer 4 000 fonctionnaires.
En dépit de ce bras de fer budgétaire, la plupart des présidents d’université saluent l’effet bénéfique de cette nouvelle liberté : « C’est une loi de décentralisation qui nous a offert de nouveaux leviers d’action, pour recruter, créer de nouveaux diplômes sans avoir à passer par Paris », reconnaît Bruno Sire, président de l’université Toulouse-I. A Saint-Etienne, il a été mis fin à la précarité des personnels contractuels, souligne son président. A Marseille, l’université en a profité pour former ses agents administratifs.
Au-delà des effets immédiats, « ces nouvelles responsabilités ont changé le regard du monde économique sur nos universités », se félicite Yves Lecointe, président de l’université de Nantes. Il a ainsi été invité au conseil d’administration de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) de Loire-Atlantique. Impensable il y a encore quelques années. Khaled Bouabdallah met en avant « les nouvelles relations [qu'il a] tissées avec les entreprises locales qui se sont engagées à donner de l’argent ». Son objectif : lever 5 millions d’euros en cinq ans.
Car la loi permet aux universités de créer des fondations sur le modèle des grandes écoles pour attirer des fonds privés. Une soixantaine existe déjà, mais les montants récoltés sont très modestes : moins de 1 % du budget global pour Nantes; 2 % à Toulouse… « Si l’on additionne les montants de toutes les fondations universitaires, on atteint tout juste celle d’HEC ! [entre 60 et 80 millions d'euros], remarque Louis Vogel. Ces fonds privés resteront marginaux, faute pour l’instant de réseaux d’anciens organisés. De plus, en France, les dirigeants d’entreprise sont quasiment tous issus de grandes écoles et non de l’université. »
Enfin, l’un des objectifs non dits de la loi sur l’autonomie était de contraindre les universités à améliorer leur gestion et rationaliser leur offre d’enseignement, en fermant, par exemple, les cursus à trop faibles effectifs, mais cela prend du temps. « Malgré la mise en commun de moyens et la concertation entre universités voisines, les économies sont longues à produire leurs effets », admet Yves Lecointe (Nantes). Un sentiment partagé par Yvon Berland (Marseille) qui concède : « Il y a beaucoup à faire. Les marges de progression sur l’organisation et la gestion sont devant nous. »
Illustration(s) :
Un budget moyen en hausse de 24,8% sur 5 ans – Evolution du budget de fonctionnement des universités entre 2007 et 2012. les universités d’outre-mer Source : Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
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Toutes les universités seront autonomes le 1er janvier 2012
lun 23 janvier, 2012
Le Figaro, jeudi 29 décembre 2011, p. 8
Huit nouveaux établissements vont accéder à la maîtrise de leurs ressources humaines et de leur budget.
ÉDUCATION Au 1er janvier 2012, toutes les universités françaises seront passées à l’autonomie. Resteront trois établissements des départements d’outre-mer, celui d’Antilles-Guyane, qui souhaite passer en août 2012, terme prévu par la loi, et ceux de Polynésie et de la Réunion.
La nouvelle vague comprend Stendhal-Grenoble-III, Lille-III, Montpellier-III, Paris-VIII, Paris-X, Perpignan, Toulon et Lyon-II. Ces huit nouveaux établissements autonomes seront davantage maîtres de leur destin. Ils vont gérer leurs ressources humaines et leur budget, auparavant orienté par l’État. Dix-huit premières universités étaient passées à l’autonomie début 2009, puis 33 autres en 2010, et 22 en 2011 après la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU), adoptée en août 2007.
Cette loi considérée comme l’une des grandes réussites du gouvernement constitue une innovation sur un point important : les universités gèrent désormais leur masse salariale. Ce changement était réclamé par les présidents d’université depuis vingt ans mais aucun gouvernement n’était parvenu à faire passer une loi sur le sujet. La maîtrise de leur masse salariale permet aux universités autonomes de dégager des marges de manoeuvre pour conduire leur politique, en matière de décharges de services ou de recrutement. Les conseils d’administration peuvent définir une politique salariale différenciée en attribuant des primes. L’ université de Metz a ainsi une souplesse accrue dans la rémunération et la possibilité de primes pour les contrats à durée indéterminée. Certaines universités ont aussi recruté des chercheurs réputés à l’étranger, comme Paris-VII, qui a fait venir en 2010 un professeur américain Prix Nobel de physique. L’université d’Aix Marseille II a mis en place des chaires d’excellence pour faire venir des jeunes à très fort potentiel. Dans un autre registre, Paris-XII a quant à elle ouvert une crèche pour les enfants de ses personnels. Dans l’entourage de la conférence des présidents d’université, on relève que « la loi de 2007 a permis aussi aux universités de se différencier ». Certaines privilégient ainsi désormais leurs spécialités d’excellence. D’autres ont regroupé et mutualisé leurs offres, comme Aix-Marseille, Montpellier et Toulouse pour les langues rares.
Selon les universités déjà passées à l’autonomie, la loi a changé l’état d’esprit en interne. « Le principal impact est psychologique. Les enseignants-chercheurs sont moins dans l’autocensure, car les crédits sont moins fléchés », explique un directeur de laboratoire de l’université Pierre et Marie Curie (UPMC). Le regard des entreprises est également plus positif sur les universités même si les 41 fondations créées dans les universités favorisent des rapprochements avec les grandes entreprises et les PME, mais aussi les réseaux bancaires, les collectivités locales, etc.
Reste que cette loi, souvent présentée comme une réussite, a connu quelques couacs en cette fin d’année. Certaines universités passées à l’autonomie ont été placées sous la gestion des recteurs car elles avaient connu deux exercices financiers en déficit consécutifs. Sur les 150 établissements d’enseignement supérieur, sept ont présenté successivement deux budgets en déficit. « C’est l’arbre qui cache la forêt d’une réussite incontestable », selon le ministère de l’Enseignement supérieur.
Sous-financement chronique
De fait, la principale raison des difficultés budgétaires est « technique », a expliqué Louis Vogel président de la Conférence des présidents d’universités (CPU) ; Avec la loi sur l’autonomie, de nouvelles normes comptables s’appliquent : ainsi, les frais d’inscription, perçus en septembre par les universités, doivent désormais être comptabilisés pour un tiers sur une année, pour deux tiers sur l’année suivante. Mécaniquement, le compte de résultat risque d’être déficitaire. Les présidents d’université doivent désormais gérer leur masse salariale mais font face à des situations qui n’ont pas toujours été prévues. C’est le cas de la pyramide des âges de ses fonctionnaires, plus ou moins vieillissante et donc plus ou moins coûteuse.
Enfin, certaines universités déplorent de « ne pas avoir les moyens suffisants de leur autonomie ». Les engagements de l’État n’ont pas permis de rattraper le sous-financement chronique et ancien d’un certain nombre de petites universités récentes comme celles de Bretagne-Sud ou de Pau. Et si près d’un milliard d’euros supplémentaire a bien été accordé comme promis aux universités en 2008, depuis, la voilure est nettement réduite, selon la CPU « Il n’est pas question de remettre la loi en question mais la société doit se rendre compte que l’autonomie a un coût », estime Louis Vogel. Au ministère, Laurent Wauquiez rétorque que « depuis quatre ans, des moyens sans précédent ont été donnés à l’enseignement supérieur. Les moyens supplémentaires ont été deux fois plus importants qu’au cours des dix dernières années », donc « nous avons donné les moyens de l’autonomie ».
Illustration(s) :
Plus de quatre ans après l’adoption de la loi, l’université Montpellier-III est l’une des huit dernières à accéder à l’autonomie.
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URGENT. Étudiants étrangers : la nouvelle circulaire entérine les recommandations des représentants des grandes écoles et des universités
ven 13 janvier, 2012Paris, jeudi 12 janvier 2012, 19:51:20
« La nouvelle circulaire répond point par point à toutes les propositions présentées par les trois conférences », indique à AEF Louis Vogel, président de la CPU, jeudi 12 janvier 2012, à la lecture de la nouvelle circulaire sur les autorisations de travail pour les étudiants étrangers en France, envoyée ce même jour aux préfets par les ministères concernés (1), et qu’AEF s’est procurée. « Je tiens à souligner la qualité de la concertation et de l’écoute des différents ministères », souligne Louis Vogel. « Tout ce qu’il était possible de faire dans le cadre d’une circulaire a été fait, sachant qu’on ne pouvait toucher ni au décret, ni à la loi. Cela ne veut pas dire qu’il ne reste rien à faire en matière de travail des étudiants étrangers, notamment ceux du premier cycle pour lesquels il y a aussi des questions d’insertion professionnelle à traiter. La loi doit être modifiée. Mais j’espère que cette nouvelle circulaire permettra d’effacer la mauvaise impression laissée par la première. »
Pierre Tapie, président de la CGE, estime lui aussi que « cette circulaire est une avancée positive », qui crée même une situation « plus précise et plus positive » pour les étudiants étrangers de niveau master « qu’avant toute circulaire ». Il en veut pour preuve « le rappel de l’article 311-11, qui n’était pas très connu, et qui comporte une dimension de droit très importante » ; la « précision de grande valeur que constitue la mention d’un renouvellement du premier titre de séjour ‘jusqu’à l’issue de la première expérience professionnelle’ » ; « le second paragraphe sur les changements de statut, qui donne des détails interprétatifs positifs » ; et enfin, le dernier paragraphe du texte, « qui permet de faire réexaminer tous les dossiers qui seront à nouveau présentés ».
Interrogé par AEF sur sa volonté de poursuivre la mobilisation pour obtenir un changement législatif, Pierre Tapie répond : « La CGE s’associe à la préoccupation de la CPU concernant les étudiants de premier cycle qui ne sont pas concernés par cette circulaire. Les flux de sortie d’étudiants à ce niveau sont évidemment plus importants dans les universités que dans les grandes écoles, mais nous pensons aussi qu’une première expérience professionnelle en France avant de rentrer dans son pays peut être intelligent. »
LES DISPOSITIONS DE LA NOUVELLE CIRCULAIRE
Cette nouvelle circulaire, écrite dans le but de « dissiper tout malentendu » concernant l’emploi des diplômés étrangers de niveau master en France selon Claude Guéant, ministre de l’Intérieur (AEF n°160477), commence ainsi : « Eu égard aux objectifs d’attractivité de notre pays et de compétitivité de nos entreprises, rappelés dans la lettre du Premier ministre du 22 novembre 2011 (AEF n°158541), la situation spécifique des étudiants étrangers diplômés ayant achevé avec succès, dans un établissement d’enseignement supérieur habilité au plan national, un cycle de formation conduisant à un diplôme au moins équivalent au master doit conduire à examiner leur demande selon les modalités particulières qui suivent. »
« Vous veillerez à mettre en œuvre le dispositif de l’article L.311-11 du Cedesa (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile). S’ils remplissent les conditions prévues par cet article, les étudiants d’un niveau au moins master ou équivalent bénéficient d’une APS (autorisation provisoire de séjour) de six mois, à compter de la date de décision du jury de diplôme concerné. Dès lors que l’intéressé est pourvu d’un emploi ou titulaire d’une promesse d’embauche, y compris lorsque cela intervient avant la délivrance de son diplôme, satisfaisant aux conditions de l’article L.311-11, un titre de séjour autorisant l’exercice d’une première activité professionnelle est accordé. »
UNE AUTORISATION PROVISOIRE DE SÉJOUR AMÉNAGÉE
Les mentions « à compter de la date de décision du jury de diplôme concerné » et « y compris lorsque cela intervient avant la délivrance de son diplôme » constituent des nouveautés par rapport aux textes en vigueur. Elles permettent, d’une part, de préciser la date de prise d’effet de l’APS, et d’autre part, de régler le cas des étudiants « auxquels sont faites des propositions d’embauche avant même l’obtention de leur diplôme, et qui pourront ainsi directement bénéficier du titre de séjour », comme le demandaient les conférences (AEF n°160766).
Le texte reprend : « En vue de faciliter l’examen des dossiers, les étudiants diplômés pourront présenter, à l’appui de leur demande de titre de séjour pour première expérience professionnelle, une attestation établie conjointement par le directeur ou le président de l’établissement d’enseignement supérieur et le chef d’entreprise, certifiant que les conditions posées par l’article L.311-11 sont respectées, notamment en ce qui concerne l’adéquation du diplôme et de l’emploi prévu, en termes de niveau de qualification ou de domaine. » Cette attestation conjointe figurait au nombre des recommandations des trois conférences.
Le texte précise aussi : « Si les conditions qui ont présidé à la délivrance du premier titre de séjour annuel sont toujours réunies, celui-ci est renouvelé jusqu’à l’issue de la première expérience professionnelle. » Cette dernière phrase constitue aussi une nouveauté : jusqu’à présent, le premier titre de séjour était généralement délivré pour un an, quelle que soit la durée du contrat de travail signé. À son échéance, le renouvellement du titre de séjour était régi par le droit commun, la situation de l’emploi redevenant opposable. La circulaire rappelle enfin que « le bénéfice de ce dispositif particulier [l'APS] n’est pas subordonné à l’examen préalable de la situation de l’emploi ».
DES CAS SPÉCIFIQUES POUR LES CHANGEMENTS DE STATUT
Concernant le dispositif du « changement de statut », qui concerne les étudiants souhaitant passer du statut étudiant au statut salarié, le texte demande aux préfets d’ « examiner avec discernement les demandes qui [leur] sont adressées, de sorte que la nécessaire maîtrise de l’immigration professionnelle ne se fasse pas au détriment de l’attractivité du système d’enseignement supérieur français, ni des besoins de nos entreprises en compétences spécifiques de haut niveau (au moins master ou équivalent). La connaissance approfondie d’un pays, d’une civilisation, d’une langue ou d’une culture étrangères peut ainsi constituer une compétence spécifique recherchée par certaines de nos entreprises, par exemple pour la conquête d’un nouveau marché. »
La circulaire liste ensuite des situations, « ni limitatives, ni cumulatives », qui doivent être prises particulièrement en compte lors des examens de demandes : « l’entreprise qui souhaite procéder au recrutement dispose d’un établissement ou d’intérêts dans le pays d’origine, la zone géographique ou culturelle du ressortissant étranger ; la formation de l’étudiant a été soutenue, hors barème de taxe d’apprentissage, par l’entreprise qui souhaite le recruter à la fin de ses études ; le niveau des études suivies et les résultats obtenus dans ce cadre attestent la réalité d’un parcours d’excellence notamment dans le contexte actuel de construction de profils aptes à affronter le marché international de l’emploi et des compétences ; le parcours de l’étudiant s’inscrit dans le cadre d’une mobilité encadrée par une convention entre un établissement universitaire du pays d’origine et un établissement universitaire français, financée en partie par la France ; l’étudiant a effectué tout ou partie de ses études secondaires en France, dans un établissement français à l’étranger ou dans un établissement étranger sous convention avec la France, avant de poursuivre un cursus universitaire en France. » Le texte précise aussi que « la rémunération proposée par l’entreprise devra impérativement être en rapport avec le niveau de qualification de l’emploi concerné ».
UN RÉEXAMEN DES DOSSIERS EST DEMANDÉ
Dans la dernière partie de la circulaire, il est demandé aux préfets de « réexaminer prioritairement, au regard de ces principes, les dossiers qui ont déjà été déposés depuis le 1er juin 2011 et qui [leur] auront été à nouveau présentés ». « Aucune obligation de quitter le territoire français notifiée à ce titre après le 1er juin 2011 ne sera exécutée pendant le réexamen », souligne aussi le texte, qui précise qu’il est « loisible aux intéressés de déposer deux dossiers différents, l’un au titre de l’article L.311-11, l’autre dans le cadre d’une demande de changement de statut de droit commun ».
(1) ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ministère de l’Intérieur et ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé.
Université is back
ven 9 décembre, 2011Publié le 7/12/2011
Les premiers fruits de la réforme, quelques uns un peu verts, d’autres plus amers
Sitôt sortie du giron de l’Etat, jeunes émancipées avec leur autonomie toute neuve, quelques universités viennent de retrouver la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur. Les temps de disette budgétaire ne facilitent pas la réforme dont toute la dynamique est initiée par des ressources financières. L’Etat s’en sert d’ailleurs habilement pour induire regroupements, fusions et partenariats. Quelques prototypes montrent le chemin : Strasbourg, Bordeaux, jusqu’à présent les mieux dotés, affichent des stratégies ambitieuses calées sur l’excellence et la visibilité future. Car, si le problème est urgent, les solutions réclament le temps long. Ce n’est qu’un des paradoxes de cette vaste transformation, trop complexe pour être facilement visible. Elle mérite pourtant décryptage.
Mai 1968 a fait exploser les universités devenues ingouvernables en entités dédiées à chacune des grandes disciplines : lettres, droit, mathématiques… “Diviser pour mieux gouverner”, imaginait Edgar Faure, père de la réforme de l’époque. Alors que la transversalité est devenue dans le monde entier, surtout dans le domaine de l’excellence, l’architecture structurante de l’enseignement supérieur. Une triste décantation avait alors prolongé la tendance de l’époque en un système dual jusqu’à en être caricatural : aux grandes écoles l’élite hyper-sélectionnée et coûteusement formée pour une adaptation confirmée à la vie économique, aux universités les bataillons de masse, jungle dont sortaient par le haut quelques rescapés ayant fait la preuve de leurs qualités d’adaptation…
Les filières impasses, le manque d’orientation, de sélection de ceux qui les empruntaient, faisaient battre des records aux ratios d’échecs – 40, 50, 60 % en fin de première année, parfois davantage. Alors que simultanément, c’est bien dans les laboratoires des universités que se concoctaient les recherches les plus pointues : de celles qui forgent les talents des doctorants comme dans toutes les meilleures universités du monde. Mais cette excellence-là, peu prise en compte dans la valorisation de la marque, était largement estompée par cette mission d’accueil subie et systématique pour des générations de bacheliers désorientés, peu motivés.
La découverte de l’excellence
L’électrochoc du classement de Shanghaï mettant en évidence le manque de visibilité à l’international de ces institutions françaises qui ne cochaient pas vraiment à toutes les cases de l’excellence a également contribué à susciter en interne un sursaut. Le monde était en train de changer et l’université française ratait ce coche ! Cette vaste réforme calée sur l’excellence a un inspirateur : Philippe Aghion, dans son rapport sur “l’excellence universitaire”, a défini trois leviers susceptibles d’assurer l’excellence : des moyens financiers élevés, l’autonomie des établissements et le recours aux incitations, notamment dans l’attribution des fonds de recherche.
La réforme en cours va donc restructurer en grandes unités les facs d’hier, donnant de surcroît l’autonomie à ces nouvelles structures. Et l’Etat utilise le levier financier pour stimuler les regroupements tout en suscitant de cet aiguillon les aspects qualitatifs, puisque c’est bien l’excellence qui est en jeu et en ligne de mire. Depuis le 1er janvier 2010, 51 universités appliquent la loi sur l’autonomie universitaire du 11 août 2007.
18 universités étaient devenues autonomes le 1er janvier 2009, 33 le sont devenues le 1er janvier 2010. En 2012, la réforme s’appliquera à tous les établissements. Il faudra bien une à deux décennies pour qu’elle porte réellement ses fruits. Mais elle est d’une telle ampleur, largement calée dans le temps long, que ces derniers sont certes encore peu perceptibles en quasi-période de démarrage.
L’inertie d’une telle réforme se mesure à l’aune des transformations réclamant des délais que ne connaît pas vraiment l’industrie quand elle veut lancer un produit : “On décide de créer un nouveau diplôme parce qu’on a l’impression qu’il y a besoin d’une nouvelle formation. Il faut un ou deux ans pour créer la maquette, organiser les choses. Puis, pour un master, il faudra cinq ans pour sortir les premiers diplômés. Entre une décision stratégique de créer une nouvelle formation et les premiers résultats sur le marché du travail, vous avez cinq ans au minimum.
Et quand vous créez un pôle de recherche, vous savez qu’on a une obligation de moyens mais pas de résultats. Si je pouvais vous dire dans trois ans, on aura à nouveau trois prix Nobel, je vous le dirais, mais je ne peux pas le prévoir. On n’en aura peut-être plus jamais pendant dix ans. On en aura peut-être un autre l’année prochaine. C’est très difficile à dire”, constate Alain Beretz, président de l’université de Strasbourg. L’afflux des premiers dossiers proposés au jury international – 339 – pour se partager 340 millions traduit une certaine effervescence sur tout le territoire : “Le plus impressionnant est la qualité des projets et leur abondance, note René Ricol. Pour en tenir compte, nous avons élargi l’enveloppe de la première vague de 200 à 260 millions d’euros.”
Une nouvelle architecture
Dans le même temps, se dessinent déjà assez bien les lignes forces d’un système en mutation largement stimulé par le plan campus rebaptisé “investissement d’avenir” ; il ne s’agit pas seulement de bâtir pour la première fois un projet commun entre plusieurs universités, mais de réaliser des opérations urbaines portant sur des campus de 40 à 260 hectares. Chaque site financera plus d’une dizaine de projets d’ampleur sur crédits de l’Etat : 17 chantiers ont déjà débuté sur les sites grâce aux 270 millions déjà versés et aux crédits des collectivités territoriales.
Début 2012, 35 chantiers auront débuté et 120 projets seront engagés pour un montant de 2 milliards d’euros d’investissements immobiliers. Parmi ces institutions, les futurs grands campus de visibilité mondiale, officiellement appelés “initiatives d’excellence” (Idex), sélectionnés par un jury international pour recevoir 7,7 milliards d’euros. Si, en région, le plan campus a la vertu de fédérer les universités implantées dans une métropole sans poser de problèmes considérables, il est en revanche particulièrement complexe à mettre en place en région parisienne : les alliances se font et se défont en fonction des stratégies des différents établissements et de rivalités historiques.
Le plan Campus est ainsi clivant pour la Sorbonne : si Paris-I fait partie de l’opération Condorcet, Paris III et Paris-IV devraient participer au projet du quartier Latin. La Sorbonne en sortira donc déchirée avec les problèmes posés par sa marque. Le plateau de Saclay, très accueillant pour les grandes écoles – Centrale, Supelec, l’X, etc. -, n’est pas toujours bien vu par certaines universités.
A l’horizon, par-delà ces considérations purement foncières, se dessinent de grands ensembles pluridisciplinaires mélant de façon hybride des grandes écoles aux facs traditionnelles, structurés selon un aiguillon financier et une stratégie d’enseignements de qualité. Rude tâche.
Selon quelle architecture ? A la britannique ou à l’américaine lorsqu’une marque ombrelle “coiffe” un certain nombre de “collèges”, droit, philosophie, journalisme, mathématiques, business. Que cela soit à Harvard ou à Cambridge. Ce n’est visiblement pas le schéma suivi par tous.
“Dans la nouvelle structure de l’université de Strasbourg, explique son président Alain Beretz, nous avons créé des collèges de grands groupes de disciplines. L’université française a longtemps vécu sur un système où elle était un regroupement de facultés indépendantes. Le système international, ce sont plutôt des grands regroupements qui reviennent aux fondamentaux de l’université médiévale. Il y avait cinq ou six facultés qui regroupaient l’ensemble des disciplines. On a tendance à revenir un peu vers cela. L’université d’Amsterdam a engagé une révolution dans le domaine. Il n’y a pratiquement plus de facultés, c’est une structure plus matricielle. Justement, les frontières entre les disciplines tombent, et donc le système doit être plus souple, plus ouvert, plus dynamique.”
Sur le diagnostic, les divers maux dont souffre l’université, le consensus est relativement partagé. Certains l’exprimant plus brutalement que d’autres, comme Jean-Luc Pomerol, président de l’UPMC (université Pierre-et-Marie-Curie, Paris 6) : “Depuis 1967, la France refuse l’orientation des bacheliers en fonction de leurs aptitudes. Ce choix a conduit dans les universités un grand nombre de bacheliers qui n’ont ni l’envie, ni les capacités de suivre. Comme l’économie a quand même besoin de compétences fiables, le système parallèle des grandes écoles et maintenant celui des écoles privées dites “intégrées” ont prospéré. La singularité du système français ne vient pas de l’existence de multiples voies après le baccalauréat, c’est le cas dans tous les pays du monde, elle vient de ce que les meilleurs étudiants ne vont pas dans les universités pour se former par la recherche.”
La fin d’une fiction
Les indispensables aspects matériels de cette réforme, plus particulièrement dans le domaine immobilier qui en avait tant besoin et que le plan Campus est venu aider, ont sans doute escamoté les aspects plus qualitatifs de cette transformation. Les singularités, spécificités et autres particularités creusées par chaque université afin de forger son identité mettront fin à une fiction, celle du diplôme national. Malgré cet ukase officiel, chacun sait bien que les masters et autres doctorats passés avec succès dans tel ou tel établissements sont de valeurs contrastées.
Foin des impatients, les changements prendront du temps comme l’explique Louis Vogel, président de la Conférence des présidents d’université : “Les opérations de campus sont prévues sous forme de PPP (partenariat public-privé), ce qui demande deux ans de délai administratif et de mise en place. Donc, les choses sont plus lentes à venir, or ce qui va marquer matériellement le renouveau de l’université, ce sont les investissements immobiliers.”
Les pionniers
Parmi les prototypes les plus avancés… et richement dotés, avec plus d’un milliard d’euros pour les deux, les universités de Bordeaux et de Strasbourg qui préfigurent les ensembles structurés, pluridisciplinaires des grandes universités de demain. Comme le détaille Manuel Tunon de Lara, président de l’université de Bordeaux : “Notre projet est très élaboré. En 2008, l’opération Campus a suscité un grand projet de réorganisation de la recherche. Comme nous ne pouvons pas tout faire, car il faut dans chaque domaine d’excellence une certaine masse critique, il n’est donc pas question d’exceller dans tous les domaines, nous avons dû faire des choix stratégiques en fonction des compétences et des thématiques susceptibles d’avoir une visibilité à l’international.”
Comment choisir, décider les priorités qui vont dessiner l’avenir ? “Nos pôles d’excellence dépendent étroitement de notre environnement économique, une grande université doit toujours être en phase avec son écosystème. D’où cette volonté de la réorganiser autour d’une dizaine d’axes structurants afin de la rendre plus lisible pour les étudiants mais aussi pour les employeurs et à l’international.”
Conséquences de ces choix, quelques problèmes administratifs compte tenu des statuts juridiques différents des entités concernées. Notamment au sein des Pres. (Pôles dde recherche de l’enseignement supérieur). Le plus important de ces changements est sans nul doute qu’il a fallu changer la gouvernance afin de faciliter le fonctionnement de ce nouvel ensemble aux ambitions européennes réunissant les multiples établissements de Bordeaux 1, 2,3 et 4 Montaigne. Sa véritable marque ombrelle est en fait le nom de la ville, une vraie marque.
Bordeaux comme Strasbourg, par leur volontarisme concrétisé par un plan stratégique sans doute mieux finalisé que les autres universités, ont raflé les premiers subsides du grand emprunt. Les fusions déjà bien amorcées de leurs facultés ont séduit le jury international chargé d’attribuer ces premières ressources au vu des perspectives d’excellence dessinées par la réunion des différents contenus académiques. Les fameux “Labex”, laboratoires d’excellence dont cinq sont déjà labellisés en Aquitaine, confortent et structurent les axes stratégiques.
La sélectivité
La réforme a un mérite clé : elle oblige chaque président à trier dans les priorités pour en choisir un petit nombre. Afin d’éviter que des cohortes d’étudiants s’engouffrent dans des filières sans débouchés. C’est la concentration des ressources sur quelques priorités qui permet de cerner les intentions, rendant lisibles les objectifs, en fonction des moyens déployés. “Demain 80 % des ressources consacrées à la recherche seront concentrées sur ce périmètre de l’excellence, annonce le président de Bordeaux. Mais il faudra bien cinq ans pour voir les premiers résultats de notre stratégie avec une première phase en deux ans, puis une montée en puissance durant cinq années.”
Déjà, cinq de ses masters sont reconnus comme les meilleures interfaces avec les métiers, mais il faut changer pas mal de choses pour améliorer la professionnalisation des diplômes, notamment en entamant le dialogue avec les industriels et autres employeurs des services afin de mieux cerner les besoins de l’industrie. Comme cela a déjà été d’ailleurs bien amorcé avec les doctorats. Ensuite, il a fallu changer la gouvernance pour l’adapter à ce nouvel ensemble qui comprend aussi bien des centres de recherche que des écoles d’ingénieurs, afin d’éviter que des entités juridiques fort différentes se télescopent et que des décisions contradictoires soient prises. Voilà pourquoi il s’agit bien d’une université nouvelle. Dont la vraie marque ombrelle est celle de sa ville, Bordeaux.
L’opération campus lui permet de bénéficier d’une dotation de 535 millions afin de réaliser ce projet qui représente, pour le seul chantier bordelais des 250 hectares de l’université, un milliard. Sans compter les installations à la périphérie selon un schéma directeur dessinant une métropole bordelaise dynamique. Notamment grâce aux institutions associées comme l’Ecole nationale de la magistrature, ou celle des beaux-arts. Malgré ces thèmatiques différentes, “la référence n’est pas anglo-saxonne : nous construisons notre propre modèle. Du fait même que nous ne pratiquons pas la sélection. Notre vocation c’est l’éducation, même si nous n’arrivons pas à amener la moitié d’une classe d’âge à la licence, comme aux Etats-Unis”, précise Manuel Tunon de Lara.
Le risque de l’exclusion
A Strasbourg, l’histoire a fait des universités des acteurs essentiels autant que structurants de l’enseignement supérieur : ainsi, quatre écoles d’ingénieurs sont déjà intégrées à l’université (biotechnologie, chimie, physique et sciences de la terre). Et, unique en France, l’école de management et celle de journalisme sont dans l’université.
Mais la grande structuration ne s’est pas faite sans difficulté, comme le constate son président Alain Beretz : “On a peut-être sous-estimé le poids qu’on a mis sur les personnels car cela a induit des changements d’habitudes importants. La même année, on est passé à l’autonomie tout en menant à bien la fusion. Les enseignants et techniciens administratifs ont vraiment adopté la nouvelle identité.” L’un des premiers lauréats de cette course à l’excellence connaît bien les limites de l’exercice : “Nous avons viré en tête sur les investissements d’avenir et toutes les initiatives d’excellence. On a eu les meilleurs résultats. Notre système vise à ne pas isoler l’initiative d’excellence, mais à la laisser au cœur du projet de l’université : c’est une excellence d’inclusion et pas une excellence d’exclusion.”
L’exclusion, justement, c’est bien le défaut du système en place avant la réforme pour Jean-Luc Pomerol, président de l’université la mieux classée dans le classement de Shanghaï : grâce à la qualité de sa recherche, l’UPMC est une championne internationale : “Contrairement à ce qui se passe dans les autres pays, l’étudiant qui suit une formation par la recherche n’est pas le mieux financé. Et pourtant la recherche coûte très cher. On voit donc les grandes écoles de commerce choyer leurs étudiants à 30 000 euros par an, alors qu’un étudiant de master en sciences reçoit moins de deux fois moins, et cependant il faut faire vivre les laboratoires. Dans un système normal, il faudrait que les étudiants ayant réussi un concours viennent à l’université faire un master et que les grandes écoles fassent de la formation professionnelle à bac + 5 en parallèle à la thèse pour les étudiants choisissant cette voie !”
Le nouvel écosystème
Certes, comme en sport, les disciplines académiques ont besoin de champions. Mais cette fringale de recordmen célébrée par les classements ne doit pas pénaliser les universités les plus modestes qui ne peuvent jouer leur visibilité de taille. Il reste alors des stratégies à construire sur la mise en réseaux, la spécialisation et la compétence dans quelques domaines singuliers.
Et l’écosystème dont la porosité nouvelle avec les acteurs de l’économie contraste avec l’étanchéité d’il y a quelques années risque singulièrement de changer la donne : longtemps, en effet, entre les entreprises et les universités qui boudaient les stages et la professionnalisation de ses enseignements, le dialogue fut totalement inexistant, à quelques exceptions notables près ; aujourd’hui, souvent présentes au conseil d’administration, les premières peuvent éclairer les choix pédagogiques de leurs besoins.
La bascule
On a sans doute mal cerné la bascule du paradigme vers de nouveaux territoires à défricher, comme l’imagine le “patron” de l’université de Strasbourg : “L’université était souvent considérée comme pas forcément très utile en dehors de former des savants un peu abstraits, dans leur bulle. Aujourd’hui, le terme investissement d’avenir montre bien que la société en général, l’industrie par exemple, commence à comprendre qu’investir de manière plus fondamentale dans l’université est une des manières de tenir le choc de la crise. L’université est un investissement à long terme. Vous n’allez pas voir de résultats spectaculaires dans l’année qui vient.”
Certes, mais pour être à horizon lointain, les objectifs n’en sont pas moins essentiels, comme le résume un militant de l’innovation, Axel Kahn, président de l’université Paris Descartes : “L’investissement dans la recherche est la seule chance pour la croissance future de notre pays. Les services financiers ne sont pas une solution durable. Pour l’enseignement supérieur, c’est l’innovation en ayant une vision ambitieuse sur le moyen terme qui est la seule solution. Elle passe par les laboratoires universitaires.
On n’innove plus dans ce pays, alors qu’il faut reprendre la réindustrialisation. Notamment autour des domaines de l’économie durable. Ce pays est incapable de créer de la richesse sans un bon niveau de son industrie. Alors qu’il dispose d’un atout avec son système d’enseignement supérieur. La situation est telle qu’il y a confusion entre l’urgence et l’indispensable temps long. Or, il faudra dix à quinze ans pour observer les résultats de cette réforme.
L’objectif de la réforme est bien d’augmenter le niveau de formation, la qualité des diplômes, qui est en lien direct avec la compétitivité du pays. On sait bien que la création de richesse ne passe pas par la production de biens primaires. En revanche son attractivité est dépendante de son système d’enseignement supérieur.” Malgré de nombreuses critiques, souvent justifiées, sur les méthodologies et autres critères par trop sommaires des classements le plus souvent venus d’Asie, ces derniers ont eu quelques effets stimulants sur les performances des grandes institutions. Y compris parmi leurs détracteurs. Ainsi, Paris Descartes, en quatre ans, est passé de la 250e place mondiale à la 151e pour les sciences des matériaux, de la 75e à la 51e pour la chimie.
Mais les meilleurs indicateurs se vivront dans l’Hexagone par l’attrait que ces nouvelles universités réussiront à imposer devant leurs rivales, les grandes écoles. Concurrence faiblarde actuellement, mais demain ? Certes, le filtre sélectif est déterminant comme critère de qualité pour les secondes, mais leurs tarifs font payer cher une qualité qui sera peut-être beaucoup moins dispendieuse. A la sortie de ces cursus, le “vote” des employeurs sera évidemment déterminant. Ils ont le plus grand mal à repérer dans leur radar les formations de grande qualité. Tout va changer.
Telle est le pari de cette réforme. Elle va se concrétiser par une cohorte de mariages de toutes sortes par le biais de fondations ou d’unions plus étroites, comme les universités de deux villes pourtant “ennemies” : Nancy et Metz : “Il y a déjà des fusions, en Lorraine, à Strasbourg, Aix-Marseille, c’est fait. D’autres se marient sous des formes plus souples. PSL à Paris, sous la forme d’une fondation comme Paris 2. Et dans beaucoup d’endroits, certains candidats aux initiatives d’excellence se sont engagés à resserrer leur lien”, constate Louis Vogel.
Toute la dynamique de cette réforme est impulsée par le levier financier. Si la crise perdure, il pourrait bien venir à faiblir. Avec les conséquences prévisibles que l’on imagine. Des universités autonomes mais en dépôt de bilan. Impensable. Alors les temps si durs ont suscité quelques ratés.
En ces périodes de disette budgétaire, quelques belles espérances se fracassent sur le mur des dures réalités du moment. Ainsi, 7 universités sur 83 sont désormais “sous surveillance” du fait qu’elles ont présenté deux déficits successifs (2009 et 2010). Beaucoup d’autres connaissent également des difficultés budgétaires. Belle façon de relancer le débat sur la réforme de l’autonomie. Les plus beaux fleurons universitaires sont en effet affectés : l’université Paris VI-Pierre-et-Marie- Curie, première française dans le classement de Shanghai, mise sous surveillance, a annoncé avoir déjà pris des mesures pour se redresser : la situation sera “maîtrisée” en 2012, moyennant une baisse des investissements. La crise a bon dos.
L’ampleur de la réforme, particulièrement capitalistique, devra mobiliser des ressources qui dépassent, de loin, les poches vides de l’Etat. Ce qui suppose de briser quelques tabous, comme faire payer aux étudiants une contribution autre que symbolique. “Il est illusoire de penser qu’on va pouvoir tout fonder sur le financement public et l’impôt. Il faudra demander une contribution aux bénéficiaires”, explique le professeur d’université Jean-François Méla. Comme on le verra dans l’entretien avec le directeur de Centrale, un autre tabou laisse encore des traces : certaines grandes écoles sont prêtes à jouer le jeu du partenariat et des coopérations croisées avec les universités, quand d’autres préfèrent rester dans leur pré carré.
Le revers de la médaille
L’enseignement supérieur français a beaucoup souffert de cette dualité cantonnant la formation des élites aux grandes écoles et l’enseignement dit “de masse” aux universités. Maintenant, cette stratégie d’excellence initiée pour élever le niveau qualitatif de certaines d’entre elles – effort stimulé par des leviers de financements publics – pourrait aboutir au même schéma, même si l’on sait au vu de moult classements que cette planète dédiée aux licences, masters et doctorats est tout sauf un territoire d’uniformité. Certes, au gré des stratégies déployées, des alliances passées avec des alliés, les écarts vont se creuser.
Le président de la CPU (président d’université) en a bien conscience :“C’est le grand défi de toutes ces opérations en investissements d’avenir, il ne faut pas que cela aboutisse à cela. Nous avons un système assez équilibré, réparti sur tout le territoire et d’une qualité relativement homogène. Vous pouvez trouver une bonne université à proximité de chez vous un peu partout en France. Il n’y a pas des différences aussi énormes qu’ aux Etats-Unis où c’est vraiment le marché qui suscite une différenciation totale. Vous trouvez le pire et le meilleur. Donc, cela, je pense qu’il faut le sauvegarder. La pire des choses serait que les 4 ou 5 pôles de la visibilité internationale et puis à côté de cela, des régions complètement délaissées.”
Par Patrick Arnoux
Sorbonne Universités : le comité technique de Paris-II approuve le projet d’idex, contrairement à ceux de Paris-IV et de l’UPMC
mer 7 décembre, 2011Les comités techniques de Paris-IV Sorbonne et de l’UPMC ont de leur côté rejeté à l’unanimité le projet d’idex les 22 et 24 novembre derniers. Le texte passera devant le CA de Paris-IV demain également et devant le CA de l’UPMC le 12 décembre. Le projet sera déposé au CGI le 8 décembre et l’audition des membres par le jury des idex devrait se dérouler « fin janvier ».
Une pétition émanant de syndicats de Paris-IV, de l’UPMC et du Muséum d’histoire naturelle a été lancée en ligne, intitulée « Non à la constitution d’une ‘université globale’ de droit privé ». Elle a recueilli à ce jour environ 350 signatures.
Contact : université Panthéon-Assas (Paris-II), Marine Bollack, attachée de presse, 01 44 41 56 13,
Discovering french universities investing in reform
mar 6 décembre, 2011Les Universités et la Recherche françaises ont reçu durant 4 jours une trentaine de journalistes étrangers issus des médias les plus prestigieux dans le monde. Cette opération sur le thème ‘‘Discovering french universities investing in Reform’’ qui réunissait des journalistes internationaux spécialisés dans l’enseignement supérieur avait pour objectif de faire découvrir aux journalistes étrangers comment les universités françaises s’impliquent dans la nécessaire réforme mise en place par le gouvernement pour rester concurrentielles et ainsi s’engager à armes égales dans la compétition mondiale que se livrent les universités internationales.
La France veut jouer un rôle important sur la scène internationale de l’enseignement supérieur, cette opération lui a offert l’estrade pour en parler. L’initiative a également permis de consolider à l’étranger l’image des universités françaises et de la recherche et de faire découvrir aux medias internationaux leurs atouts et leurs spécificités au travers des personnalités emblématiques qui font l’enseignement supérieur français.
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