Des changements à venir
mar 13 décembre, 2011J’ai reçu un commentaire intéressant. Vous trouverez ma réponse ci-dessous :
Monsieur le Président,
Suite à votre référendum concernant la qualité des cours – pour lequel je vous suis reconnaissant – je me permets de vous faire part de quelques suggestions. Je ne souhaite pas passer par un quelconque syndicat pour revendiquer mes idées car la plupart décrédibilisent complètement la cause étudiante en arrêtant toute activité pour un oui ou pour un non, or il est inutile de répondre aux imperfections par une obstruction de notre économie.
Je suis entré dans cette prestigieuse université en 2008, plein de rêves. Effectivement, nombreuses qualités étaient notoires pour moi telles que la mentalité plus conservatrice et moins encline à l’inactivité d’autres grandes universités.
Pourtant, aujourd’hui, je suis assez désabusé et je ne recommanderais pas à un futur élève de terminale de rentrer à Assas mais de tenter sa chance à l’étranger. Cette université est certainement la meilleure de France en droit, néanmoins, je dirais plutôt qu’il s’agit de la moins mauvaise. Je vais vous exposer les points qui, selon moi, seraient à remettre sérieusement en question.
Tout d’abord, concernant l’enseignement, l’esprit critique qui doit être la qualité essentielle d’un bon juriste ne semble pas admis dans cette maison. Je prendrai pour exemple la notation du professeur de droit des contrats spéciaux en L3, excellent et brillant hormis cet aspect. Ses chargés m’ont expliqué que, pour le partiel, ils disposaient d’une liste de connaissances à réinclure dans le devoir et que le plan ne comptait que pour deux points. L’opération de récitation du cours correspond-elle à l’esprit critique que vous attendez ? La réelle méthode de la dissertation n’est-elle pas l’exposition d’une idée appuyée de connaissances ? L’année dernière, lors de l’examen, j’ai effectué la technique que je pensais être celle de la dissertation en agrémentant mes idées d’arrêts que j’avais lus préalablement mais qui ne figuraient pas dans le cours. J’ai eu 5/20. Vous pourrez juger par vous-même la moyenne d’amphi qui est également ridiculement basse.
Ensuite, il serait judicieux que les professeurs, de manière générale, soient conciliant pour donner leur cours. Suivre un cours que quelqu’un nous dicte mot à mot est une opération scolaire. C’est pourquoi j’ai fait le choix délibéré de ne suivre aucun cours mais de les récupérer – tant bien que mal puisque les professeurs ne facilitent franchement pas la tâche des élèves en ne les publiant pas – pour travailler et faire mes recherches directement dessus, ce qui, à mon avis, est plus pertinent. Les grandes universités telles qu’Oxford ou bien celles américaines (bien meilleures qu’Assas) ne se fondent pas sur un enseignement aussi théorique et rébarbatif. Monsieur le Président, vous qui avez étudié à Yale, vous devriez vous rendre compte qu’Assas ne pourra pas égaler ces universités en incluant aussi peu de pragmatisme. N’ayant pas encore étudié à l’étranger, je m’appuie, entre autres, sur des témoignages d’étudiants d’Oxford en échange dans notre université, qui n’attendent que de pouvoir revenir chez eux, telle est leur déception. Très nombreux sont également les français qui ont été désappointés du droit par ce système, qui comptent s’en aller l’année prochaine ou partent tout simplement en dépression. Je pense que cela devient très inquiétant. Sélectionner les gens sur leur résistance physique me parait être un manque de clairvoyance. Je me permets de critiquer autant car cela est très représentatif de la majorité des étudiants même si ceux-ci ne vous en feront peut être pas part, par manque de courage ou par désespoir par rapport à notre système. Je serais curieux de connaître combien auront osé critiquer ces méthodes d’enseignement. Pour ma part, après m’être remis en question par rapport à ma vocation je conclus que la qualité médiocre de cet enseignement est la cause de mon désarroi et rien d’autre, certainement pas un manque d’intérêt de ma part comme voudrait le montrer la notation très décourageante. Ne vous méprenez pas, je ne demande pas un allègement de la charge de travail mais bien une méthode d’enseignement plus captivante, intéressante et où l’initiative de l’étudiant serait enfin favorisée.
Ce point est plus spécifique mais nécessite tout de même d’être soulevé. Comment se fait-il que l’examen du professeur de droit international public en L3 ait-il changé en cours d’année ? Cet examen sera désormais oral. Quand on choisit une combinaison de matières, j’estime qu’il y a un droit à s’attendre légitimement au fond tant à la forme de l’examen qui avait toujours été convenue écrite jusqu’à présent.
Puis (et après ce que je viens d’évoquer, ces problèmes pourront paraître comme secondaires) j’ai omis évidemment les questions de l’inefficacité effarante de l’administration d’Assas, les horaires d’ouverture réduits de la bibliothèque, surtout à Assas où c’est plutôt jusqu’à 2h du matin que les étudiants travaillent que jusqu’à 21h, heure de fermeture de la bibliothèque. L’année prochaine je continuerai mes études aux Etats-Unis à cause de toutes ces questions qui m’interpellent sérieusement mais également parce que j’apprécie beaucoup la mentalité américaine. En effet, les américains vivent pour leur job, aiment généralement ce qu’ils font et sont très motivés par leur productivité, qualités qu’il est très très rare de retrouver chez les français. Quelle image vais-je véhiculer d’Assas ainsi que tous ceux qui en partent ? Je m’interroge très sérieusement.
Enfin, après vous avoir exposé mes idées sur la question, j’aimerais me pencher sur la question majeure des admissions en master 2. Même si cela ne me concerne probablement plus, il est assez affligeant de voir que vous faites entrer des étudiants venant d’autres universités. Un 13 dans une université quelconque ne vaut absolument pas le 13 d’Assas. Il faudrait soit changer complètement le système de notation injustement sévère ou alors établir des correspondances entre vos notes et celles des autres universités. Par exemple, considérer, lors de l’admission en master 2, qu’un 7/20 dans votre université devrait être équivalent à un 15/20 dans telle université car plus faible. Je pense quand même primordial que les élèves qui passent leur licence à Assas puissent avoir l’opportunité de passer leur master 2 à Assas. Dans le cas contraire, il serait admettre que votre licence n’a pas un bon niveau.
J’espère que ces remarques ne me porteront pas préjudice. Vous faites partie, par votre charisme et votre politique, de ces acteurs qui peuvent changer les choses. C’est pourquoi j’ai estimé opportun de recourir à vous. Je vous soutiens entièrement sur le plan de la création d’une élite. Néanmoins, croyez-vous que la sous-notation flagrante d’Assas encouragera cette élite ? Ne serait-il pas plus judicieux d’avouer que le passage dans l’année suivante n’est réservé qu’à un certain pourcentage d’élèves, très scolaires, de chaque promotion ? En effet, sur un plan international, il est très difficile de justifier des dossiers aussi mauvais par la notoriété d’Assas qui n’est malheureusemet peu, voire pas, reconnue à l’étranger. Si je me suis autant impliqué, c’est pour participer, par mon témoignage, à un désir que l’université française, et en particulier Assas, puisse avoir un meilleur rang sur le plan international.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma respectueuse considération.
Un étudiant en droit
Cher Monsieur,
Nous sommes en train d’opérer des changements fondamentaux dans les méthodes d’enseignement, notamment en multipliant les séminaires de méthode et en prévoyant des lieux où les étudiants pourront rencontrer les professeurs.
Tout ceci devrait rendre l’enseignement plus efficace et répondre aux désirs des étudiants.Peut être que vous trouvez que cela ne va pas assez vite ?
Mais le manque de moyens des universités en est la principale raison.
Cette difficulté est aussi la réponse aux critiques que vous adressez à notre administration ou à notre bibliothèque.
Il est difficile aujourd’hui, vu la masse des étudiants (presque 18000 étudiants à Paris II), de vous offrir des conditions de travail équivalentes à celle des écoles de droit dont vous parlez : Oxford ou aux Etats-Unis.
Il ne faudrait surtout pas que vous sous-estimiez les méthodes d’enseignement françaises, elles ont aussi du bon.
Il me semble qu’il est indispensable de laisser plus de part à l’imagination juridique mais la structuration de l’esprit n’est tout de même pas une mauvaise chose. Je m’en suis rendu compte lorsque j’étais sur un campus américain où j’ai pu comparer les deux méthodes d’enseignement.
En France, nous passons plus de temps à structurer le raisonnement qu’ailleurs.
Une structure de raisonnement forte permet souvent d’avoir raison d’un adversaire, ce qui est vital dans le domaine des professions juridiques ou judiciaires.
En ce qui concerne les admissions en masters 2, la sélection n’est pas automatique à partir d’un niveau de note donné. Les directeurs de masters 2 de Paris II tiennent compte de la différence des notations dans les autres universités.
Je regrette que vous nous quittiez, si vous décidez de mettre votre plan à exécution, parce qu’Assas change rapidement et les changements que nous réalisons vont dans le sens de vos remarques.
Louis Vogel
Université is back
ven 9 décembre, 2011Publié le 7/12/2011
Les premiers fruits de la réforme, quelques uns un peu verts, d’autres plus amers
Sitôt sortie du giron de l’Etat, jeunes émancipées avec leur autonomie toute neuve, quelques universités viennent de retrouver la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur. Les temps de disette budgétaire ne facilitent pas la réforme dont toute la dynamique est initiée par des ressources financières. L’Etat s’en sert d’ailleurs habilement pour induire regroupements, fusions et partenariats. Quelques prototypes montrent le chemin : Strasbourg, Bordeaux, jusqu’à présent les mieux dotés, affichent des stratégies ambitieuses calées sur l’excellence et la visibilité future. Car, si le problème est urgent, les solutions réclament le temps long. Ce n’est qu’un des paradoxes de cette vaste transformation, trop complexe pour être facilement visible. Elle mérite pourtant décryptage.
Mai 1968 a fait exploser les universités devenues ingouvernables en entités dédiées à chacune des grandes disciplines : lettres, droit, mathématiques… “Diviser pour mieux gouverner”, imaginait Edgar Faure, père de la réforme de l’époque. Alors que la transversalité est devenue dans le monde entier, surtout dans le domaine de l’excellence, l’architecture structurante de l’enseignement supérieur. Une triste décantation avait alors prolongé la tendance de l’époque en un système dual jusqu’à en être caricatural : aux grandes écoles l’élite hyper-sélectionnée et coûteusement formée pour une adaptation confirmée à la vie économique, aux universités les bataillons de masse, jungle dont sortaient par le haut quelques rescapés ayant fait la preuve de leurs qualités d’adaptation…
Les filières impasses, le manque d’orientation, de sélection de ceux qui les empruntaient, faisaient battre des records aux ratios d’échecs – 40, 50, 60 % en fin de première année, parfois davantage. Alors que simultanément, c’est bien dans les laboratoires des universités que se concoctaient les recherches les plus pointues : de celles qui forgent les talents des doctorants comme dans toutes les meilleures universités du monde. Mais cette excellence-là, peu prise en compte dans la valorisation de la marque, était largement estompée par cette mission d’accueil subie et systématique pour des générations de bacheliers désorientés, peu motivés.
La découverte de l’excellence
L’électrochoc du classement de Shanghaï mettant en évidence le manque de visibilité à l’international de ces institutions françaises qui ne cochaient pas vraiment à toutes les cases de l’excellence a également contribué à susciter en interne un sursaut. Le monde était en train de changer et l’université française ratait ce coche ! Cette vaste réforme calée sur l’excellence a un inspirateur : Philippe Aghion, dans son rapport sur “l’excellence universitaire”, a défini trois leviers susceptibles d’assurer l’excellence : des moyens financiers élevés, l’autonomie des établissements et le recours aux incitations, notamment dans l’attribution des fonds de recherche.
La réforme en cours va donc restructurer en grandes unités les facs d’hier, donnant de surcroît l’autonomie à ces nouvelles structures. Et l’Etat utilise le levier financier pour stimuler les regroupements tout en suscitant de cet aiguillon les aspects qualitatifs, puisque c’est bien l’excellence qui est en jeu et en ligne de mire. Depuis le 1er janvier 2010, 51 universités appliquent la loi sur l’autonomie universitaire du 11 août 2007.
18 universités étaient devenues autonomes le 1er janvier 2009, 33 le sont devenues le 1er janvier 2010. En 2012, la réforme s’appliquera à tous les établissements. Il faudra bien une à deux décennies pour qu’elle porte réellement ses fruits. Mais elle est d’une telle ampleur, largement calée dans le temps long, que ces derniers sont certes encore peu perceptibles en quasi-période de démarrage.
L’inertie d’une telle réforme se mesure à l’aune des transformations réclamant des délais que ne connaît pas vraiment l’industrie quand elle veut lancer un produit : “On décide de créer un nouveau diplôme parce qu’on a l’impression qu’il y a besoin d’une nouvelle formation. Il faut un ou deux ans pour créer la maquette, organiser les choses. Puis, pour un master, il faudra cinq ans pour sortir les premiers diplômés. Entre une décision stratégique de créer une nouvelle formation et les premiers résultats sur le marché du travail, vous avez cinq ans au minimum.
Et quand vous créez un pôle de recherche, vous savez qu’on a une obligation de moyens mais pas de résultats. Si je pouvais vous dire dans trois ans, on aura à nouveau trois prix Nobel, je vous le dirais, mais je ne peux pas le prévoir. On n’en aura peut-être plus jamais pendant dix ans. On en aura peut-être un autre l’année prochaine. C’est très difficile à dire”, constate Alain Beretz, président de l’université de Strasbourg. L’afflux des premiers dossiers proposés au jury international – 339 – pour se partager 340 millions traduit une certaine effervescence sur tout le territoire : “Le plus impressionnant est la qualité des projets et leur abondance, note René Ricol. Pour en tenir compte, nous avons élargi l’enveloppe de la première vague de 200 à 260 millions d’euros.”
Une nouvelle architecture
Dans le même temps, se dessinent déjà assez bien les lignes forces d’un système en mutation largement stimulé par le plan campus rebaptisé “investissement d’avenir” ; il ne s’agit pas seulement de bâtir pour la première fois un projet commun entre plusieurs universités, mais de réaliser des opérations urbaines portant sur des campus de 40 à 260 hectares. Chaque site financera plus d’une dizaine de projets d’ampleur sur crédits de l’Etat : 17 chantiers ont déjà débuté sur les sites grâce aux 270 millions déjà versés et aux crédits des collectivités territoriales.
Début 2012, 35 chantiers auront débuté et 120 projets seront engagés pour un montant de 2 milliards d’euros d’investissements immobiliers. Parmi ces institutions, les futurs grands campus de visibilité mondiale, officiellement appelés “initiatives d’excellence” (Idex), sélectionnés par un jury international pour recevoir 7,7 milliards d’euros. Si, en région, le plan campus a la vertu de fédérer les universités implantées dans une métropole sans poser de problèmes considérables, il est en revanche particulièrement complexe à mettre en place en région parisienne : les alliances se font et se défont en fonction des stratégies des différents établissements et de rivalités historiques.
Le plan Campus est ainsi clivant pour la Sorbonne : si Paris-I fait partie de l’opération Condorcet, Paris III et Paris-IV devraient participer au projet du quartier Latin. La Sorbonne en sortira donc déchirée avec les problèmes posés par sa marque. Le plateau de Saclay, très accueillant pour les grandes écoles – Centrale, Supelec, l’X, etc. -, n’est pas toujours bien vu par certaines universités.
A l’horizon, par-delà ces considérations purement foncières, se dessinent de grands ensembles pluridisciplinaires mélant de façon hybride des grandes écoles aux facs traditionnelles, structurés selon un aiguillon financier et une stratégie d’enseignements de qualité. Rude tâche.
Selon quelle architecture ? A la britannique ou à l’américaine lorsqu’une marque ombrelle “coiffe” un certain nombre de “collèges”, droit, philosophie, journalisme, mathématiques, business. Que cela soit à Harvard ou à Cambridge. Ce n’est visiblement pas le schéma suivi par tous.
“Dans la nouvelle structure de l’université de Strasbourg, explique son président Alain Beretz, nous avons créé des collèges de grands groupes de disciplines. L’université française a longtemps vécu sur un système où elle était un regroupement de facultés indépendantes. Le système international, ce sont plutôt des grands regroupements qui reviennent aux fondamentaux de l’université médiévale. Il y avait cinq ou six facultés qui regroupaient l’ensemble des disciplines. On a tendance à revenir un peu vers cela. L’université d’Amsterdam a engagé une révolution dans le domaine. Il n’y a pratiquement plus de facultés, c’est une structure plus matricielle. Justement, les frontières entre les disciplines tombent, et donc le système doit être plus souple, plus ouvert, plus dynamique.”
Sur le diagnostic, les divers maux dont souffre l’université, le consensus est relativement partagé. Certains l’exprimant plus brutalement que d’autres, comme Jean-Luc Pomerol, président de l’UPMC (université Pierre-et-Marie-Curie, Paris 6) : “Depuis 1967, la France refuse l’orientation des bacheliers en fonction de leurs aptitudes. Ce choix a conduit dans les universités un grand nombre de bacheliers qui n’ont ni l’envie, ni les capacités de suivre. Comme l’économie a quand même besoin de compétences fiables, le système parallèle des grandes écoles et maintenant celui des écoles privées dites “intégrées” ont prospéré. La singularité du système français ne vient pas de l’existence de multiples voies après le baccalauréat, c’est le cas dans tous les pays du monde, elle vient de ce que les meilleurs étudiants ne vont pas dans les universités pour se former par la recherche.”
La fin d’une fiction
Les indispensables aspects matériels de cette réforme, plus particulièrement dans le domaine immobilier qui en avait tant besoin et que le plan Campus est venu aider, ont sans doute escamoté les aspects plus qualitatifs de cette transformation. Les singularités, spécificités et autres particularités creusées par chaque université afin de forger son identité mettront fin à une fiction, celle du diplôme national. Malgré cet ukase officiel, chacun sait bien que les masters et autres doctorats passés avec succès dans tel ou tel établissements sont de valeurs contrastées.
Foin des impatients, les changements prendront du temps comme l’explique Louis Vogel, président de la Conférence des présidents d’université : “Les opérations de campus sont prévues sous forme de PPP (partenariat public-privé), ce qui demande deux ans de délai administratif et de mise en place. Donc, les choses sont plus lentes à venir, or ce qui va marquer matériellement le renouveau de l’université, ce sont les investissements immobiliers.”
Les pionniers
Parmi les prototypes les plus avancés… et richement dotés, avec plus d’un milliard d’euros pour les deux, les universités de Bordeaux et de Strasbourg qui préfigurent les ensembles structurés, pluridisciplinaires des grandes universités de demain. Comme le détaille Manuel Tunon de Lara, président de l’université de Bordeaux : “Notre projet est très élaboré. En 2008, l’opération Campus a suscité un grand projet de réorganisation de la recherche. Comme nous ne pouvons pas tout faire, car il faut dans chaque domaine d’excellence une certaine masse critique, il n’est donc pas question d’exceller dans tous les domaines, nous avons dû faire des choix stratégiques en fonction des compétences et des thématiques susceptibles d’avoir une visibilité à l’international.”
Comment choisir, décider les priorités qui vont dessiner l’avenir ? “Nos pôles d’excellence dépendent étroitement de notre environnement économique, une grande université doit toujours être en phase avec son écosystème. D’où cette volonté de la réorganiser autour d’une dizaine d’axes structurants afin de la rendre plus lisible pour les étudiants mais aussi pour les employeurs et à l’international.”
Conséquences de ces choix, quelques problèmes administratifs compte tenu des statuts juridiques différents des entités concernées. Notamment au sein des Pres. (Pôles dde recherche de l’enseignement supérieur). Le plus important de ces changements est sans nul doute qu’il a fallu changer la gouvernance afin de faciliter le fonctionnement de ce nouvel ensemble aux ambitions européennes réunissant les multiples établissements de Bordeaux 1, 2,3 et 4 Montaigne. Sa véritable marque ombrelle est en fait le nom de la ville, une vraie marque.
Bordeaux comme Strasbourg, par leur volontarisme concrétisé par un plan stratégique sans doute mieux finalisé que les autres universités, ont raflé les premiers subsides du grand emprunt. Les fusions déjà bien amorcées de leurs facultés ont séduit le jury international chargé d’attribuer ces premières ressources au vu des perspectives d’excellence dessinées par la réunion des différents contenus académiques. Les fameux “Labex”, laboratoires d’excellence dont cinq sont déjà labellisés en Aquitaine, confortent et structurent les axes stratégiques.
La sélectivité
La réforme a un mérite clé : elle oblige chaque président à trier dans les priorités pour en choisir un petit nombre. Afin d’éviter que des cohortes d’étudiants s’engouffrent dans des filières sans débouchés. C’est la concentration des ressources sur quelques priorités qui permet de cerner les intentions, rendant lisibles les objectifs, en fonction des moyens déployés. “Demain 80 % des ressources consacrées à la recherche seront concentrées sur ce périmètre de l’excellence, annonce le président de Bordeaux. Mais il faudra bien cinq ans pour voir les premiers résultats de notre stratégie avec une première phase en deux ans, puis une montée en puissance durant cinq années.”
Déjà, cinq de ses masters sont reconnus comme les meilleures interfaces avec les métiers, mais il faut changer pas mal de choses pour améliorer la professionnalisation des diplômes, notamment en entamant le dialogue avec les industriels et autres employeurs des services afin de mieux cerner les besoins de l’industrie. Comme cela a déjà été d’ailleurs bien amorcé avec les doctorats. Ensuite, il a fallu changer la gouvernance pour l’adapter à ce nouvel ensemble qui comprend aussi bien des centres de recherche que des écoles d’ingénieurs, afin d’éviter que des entités juridiques fort différentes se télescopent et que des décisions contradictoires soient prises. Voilà pourquoi il s’agit bien d’une université nouvelle. Dont la vraie marque ombrelle est celle de sa ville, Bordeaux.
L’opération campus lui permet de bénéficier d’une dotation de 535 millions afin de réaliser ce projet qui représente, pour le seul chantier bordelais des 250 hectares de l’université, un milliard. Sans compter les installations à la périphérie selon un schéma directeur dessinant une métropole bordelaise dynamique. Notamment grâce aux institutions associées comme l’Ecole nationale de la magistrature, ou celle des beaux-arts. Malgré ces thèmatiques différentes, “la référence n’est pas anglo-saxonne : nous construisons notre propre modèle. Du fait même que nous ne pratiquons pas la sélection. Notre vocation c’est l’éducation, même si nous n’arrivons pas à amener la moitié d’une classe d’âge à la licence, comme aux Etats-Unis”, précise Manuel Tunon de Lara.
Le risque de l’exclusion
A Strasbourg, l’histoire a fait des universités des acteurs essentiels autant que structurants de l’enseignement supérieur : ainsi, quatre écoles d’ingénieurs sont déjà intégrées à l’université (biotechnologie, chimie, physique et sciences de la terre). Et, unique en France, l’école de management et celle de journalisme sont dans l’université.
Mais la grande structuration ne s’est pas faite sans difficulté, comme le constate son président Alain Beretz : “On a peut-être sous-estimé le poids qu’on a mis sur les personnels car cela a induit des changements d’habitudes importants. La même année, on est passé à l’autonomie tout en menant à bien la fusion. Les enseignants et techniciens administratifs ont vraiment adopté la nouvelle identité.” L’un des premiers lauréats de cette course à l’excellence connaît bien les limites de l’exercice : “Nous avons viré en tête sur les investissements d’avenir et toutes les initiatives d’excellence. On a eu les meilleurs résultats. Notre système vise à ne pas isoler l’initiative d’excellence, mais à la laisser au cœur du projet de l’université : c’est une excellence d’inclusion et pas une excellence d’exclusion.”
L’exclusion, justement, c’est bien le défaut du système en place avant la réforme pour Jean-Luc Pomerol, président de l’université la mieux classée dans le classement de Shanghaï : grâce à la qualité de sa recherche, l’UPMC est une championne internationale : “Contrairement à ce qui se passe dans les autres pays, l’étudiant qui suit une formation par la recherche n’est pas le mieux financé. Et pourtant la recherche coûte très cher. On voit donc les grandes écoles de commerce choyer leurs étudiants à 30 000 euros par an, alors qu’un étudiant de master en sciences reçoit moins de deux fois moins, et cependant il faut faire vivre les laboratoires. Dans un système normal, il faudrait que les étudiants ayant réussi un concours viennent à l’université faire un master et que les grandes écoles fassent de la formation professionnelle à bac + 5 en parallèle à la thèse pour les étudiants choisissant cette voie !”
Le nouvel écosystème
Certes, comme en sport, les disciplines académiques ont besoin de champions. Mais cette fringale de recordmen célébrée par les classements ne doit pas pénaliser les universités les plus modestes qui ne peuvent jouer leur visibilité de taille. Il reste alors des stratégies à construire sur la mise en réseaux, la spécialisation et la compétence dans quelques domaines singuliers.
Et l’écosystème dont la porosité nouvelle avec les acteurs de l’économie contraste avec l’étanchéité d’il y a quelques années risque singulièrement de changer la donne : longtemps, en effet, entre les entreprises et les universités qui boudaient les stages et la professionnalisation de ses enseignements, le dialogue fut totalement inexistant, à quelques exceptions notables près ; aujourd’hui, souvent présentes au conseil d’administration, les premières peuvent éclairer les choix pédagogiques de leurs besoins.
La bascule
On a sans doute mal cerné la bascule du paradigme vers de nouveaux territoires à défricher, comme l’imagine le “patron” de l’université de Strasbourg : “L’université était souvent considérée comme pas forcément très utile en dehors de former des savants un peu abstraits, dans leur bulle. Aujourd’hui, le terme investissement d’avenir montre bien que la société en général, l’industrie par exemple, commence à comprendre qu’investir de manière plus fondamentale dans l’université est une des manières de tenir le choc de la crise. L’université est un investissement à long terme. Vous n’allez pas voir de résultats spectaculaires dans l’année qui vient.”
Certes, mais pour être à horizon lointain, les objectifs n’en sont pas moins essentiels, comme le résume un militant de l’innovation, Axel Kahn, président de l’université Paris Descartes : “L’investissement dans la recherche est la seule chance pour la croissance future de notre pays. Les services financiers ne sont pas une solution durable. Pour l’enseignement supérieur, c’est l’innovation en ayant une vision ambitieuse sur le moyen terme qui est la seule solution. Elle passe par les laboratoires universitaires.
On n’innove plus dans ce pays, alors qu’il faut reprendre la réindustrialisation. Notamment autour des domaines de l’économie durable. Ce pays est incapable de créer de la richesse sans un bon niveau de son industrie. Alors qu’il dispose d’un atout avec son système d’enseignement supérieur. La situation est telle qu’il y a confusion entre l’urgence et l’indispensable temps long. Or, il faudra dix à quinze ans pour observer les résultats de cette réforme.
L’objectif de la réforme est bien d’augmenter le niveau de formation, la qualité des diplômes, qui est en lien direct avec la compétitivité du pays. On sait bien que la création de richesse ne passe pas par la production de biens primaires. En revanche son attractivité est dépendante de son système d’enseignement supérieur.” Malgré de nombreuses critiques, souvent justifiées, sur les méthodologies et autres critères par trop sommaires des classements le plus souvent venus d’Asie, ces derniers ont eu quelques effets stimulants sur les performances des grandes institutions. Y compris parmi leurs détracteurs. Ainsi, Paris Descartes, en quatre ans, est passé de la 250e place mondiale à la 151e pour les sciences des matériaux, de la 75e à la 51e pour la chimie.
Mais les meilleurs indicateurs se vivront dans l’Hexagone par l’attrait que ces nouvelles universités réussiront à imposer devant leurs rivales, les grandes écoles. Concurrence faiblarde actuellement, mais demain ? Certes, le filtre sélectif est déterminant comme critère de qualité pour les secondes, mais leurs tarifs font payer cher une qualité qui sera peut-être beaucoup moins dispendieuse. A la sortie de ces cursus, le “vote” des employeurs sera évidemment déterminant. Ils ont le plus grand mal à repérer dans leur radar les formations de grande qualité. Tout va changer.
Telle est le pari de cette réforme. Elle va se concrétiser par une cohorte de mariages de toutes sortes par le biais de fondations ou d’unions plus étroites, comme les universités de deux villes pourtant “ennemies” : Nancy et Metz : “Il y a déjà des fusions, en Lorraine, à Strasbourg, Aix-Marseille, c’est fait. D’autres se marient sous des formes plus souples. PSL à Paris, sous la forme d’une fondation comme Paris 2. Et dans beaucoup d’endroits, certains candidats aux initiatives d’excellence se sont engagés à resserrer leur lien”, constate Louis Vogel.
Toute la dynamique de cette réforme est impulsée par le levier financier. Si la crise perdure, il pourrait bien venir à faiblir. Avec les conséquences prévisibles que l’on imagine. Des universités autonomes mais en dépôt de bilan. Impensable. Alors les temps si durs ont suscité quelques ratés.
En ces périodes de disette budgétaire, quelques belles espérances se fracassent sur le mur des dures réalités du moment. Ainsi, 7 universités sur 83 sont désormais “sous surveillance” du fait qu’elles ont présenté deux déficits successifs (2009 et 2010). Beaucoup d’autres connaissent également des difficultés budgétaires. Belle façon de relancer le débat sur la réforme de l’autonomie. Les plus beaux fleurons universitaires sont en effet affectés : l’université Paris VI-Pierre-et-Marie- Curie, première française dans le classement de Shanghai, mise sous surveillance, a annoncé avoir déjà pris des mesures pour se redresser : la situation sera “maîtrisée” en 2012, moyennant une baisse des investissements. La crise a bon dos.
L’ampleur de la réforme, particulièrement capitalistique, devra mobiliser des ressources qui dépassent, de loin, les poches vides de l’Etat. Ce qui suppose de briser quelques tabous, comme faire payer aux étudiants une contribution autre que symbolique. “Il est illusoire de penser qu’on va pouvoir tout fonder sur le financement public et l’impôt. Il faudra demander une contribution aux bénéficiaires”, explique le professeur d’université Jean-François Méla. Comme on le verra dans l’entretien avec le directeur de Centrale, un autre tabou laisse encore des traces : certaines grandes écoles sont prêtes à jouer le jeu du partenariat et des coopérations croisées avec les universités, quand d’autres préfèrent rester dans leur pré carré.
Le revers de la médaille
L’enseignement supérieur français a beaucoup souffert de cette dualité cantonnant la formation des élites aux grandes écoles et l’enseignement dit “de masse” aux universités. Maintenant, cette stratégie d’excellence initiée pour élever le niveau qualitatif de certaines d’entre elles – effort stimulé par des leviers de financements publics – pourrait aboutir au même schéma, même si l’on sait au vu de moult classements que cette planète dédiée aux licences, masters et doctorats est tout sauf un territoire d’uniformité. Certes, au gré des stratégies déployées, des alliances passées avec des alliés, les écarts vont se creuser.
Le président de la CPU (président d’université) en a bien conscience :“C’est le grand défi de toutes ces opérations en investissements d’avenir, il ne faut pas que cela aboutisse à cela. Nous avons un système assez équilibré, réparti sur tout le territoire et d’une qualité relativement homogène. Vous pouvez trouver une bonne université à proximité de chez vous un peu partout en France. Il n’y a pas des différences aussi énormes qu’ aux Etats-Unis où c’est vraiment le marché qui suscite une différenciation totale. Vous trouvez le pire et le meilleur. Donc, cela, je pense qu’il faut le sauvegarder. La pire des choses serait que les 4 ou 5 pôles de la visibilité internationale et puis à côté de cela, des régions complètement délaissées.”
Par Patrick Arnoux
Sorbonne Universités : le comité technique de Paris-II approuve le projet d’idex, contrairement à ceux de Paris-IV et de l’UPMC
mer 7 décembre, 2011Les comités techniques de Paris-IV Sorbonne et de l’UPMC ont de leur côté rejeté à l’unanimité le projet d’idex les 22 et 24 novembre derniers. Le texte passera devant le CA de Paris-IV demain également et devant le CA de l’UPMC le 12 décembre. Le projet sera déposé au CGI le 8 décembre et l’audition des membres par le jury des idex devrait se dérouler « fin janvier ».
Une pétition émanant de syndicats de Paris-IV, de l’UPMC et du Muséum d’histoire naturelle a été lancée en ligne, intitulée « Non à la constitution d’une ‘université globale’ de droit privé ». Elle a recueilli à ce jour environ 350 signatures.
Contact : université Panthéon-Assas (Paris-II), Marine Bollack, attachée de presse, 01 44 41 56 13,
Soirée-débat des junior-entreprises
mar 6 décembre, 2011J’ai participé à la soirée-débat organisée par le Club Junior-Entreprises le 17 novembre dernier. Retrouvez ici le reportage de MCE News.
Discovering french universities investing in reform
mar 6 décembre, 2011Les Universités et la Recherche françaises ont reçu durant 4 jours une trentaine de journalistes étrangers issus des médias les plus prestigieux dans le monde. Cette opération sur le thème ‘‘Discovering french universities investing in Reform’’ qui réunissait des journalistes internationaux spécialisés dans l’enseignement supérieur avait pour objectif de faire découvrir aux journalistes étrangers comment les universités françaises s’impliquent dans la nécessaire réforme mise en place par le gouvernement pour rester concurrentielles et ainsi s’engager à armes égales dans la compétition mondiale que se livrent les universités internationales.
La France veut jouer un rôle important sur la scène internationale de l’enseignement supérieur, cette opération lui a offert l’estrade pour en parler. L’initiative a également permis de consolider à l’étranger l’image des universités françaises et de la recherche et de faire découvrir aux medias internationaux leurs atouts et leurs spécificités au travers des personnalités emblématiques qui font l’enseignement supérieur français.
Retrouvez les autres interventions en vidéo à cette adresse :
Tutelle rectorale : « Les universités sont bien gérées ! », selon Louis Vogel (CPU) qui dénonce « une couverture médiatique déraisonnable »
lun 5 décembre, 2011« Les universités françaises sont bien gérées ! La couverture médiatique actuelle est devenue complètement déraisonnable et mérite une mise au point », déclare à AEF Louis Vogel, président de la CPU, jeudi 1er décembre 2011, une semaine après la publication de la liste des huit universités devant, selon le MESR, être placées sous gestion rectorale (AEF n°158495). Cette liste est depuis passée à sept – Nice-Sophia-Antipolis n’en faisant pas partie (AEF n°158532) – puis à cinq avec les retraits de l’Insa de Rouen (AEF n°158810) et de Paris-XIII (AEF n°158964), dont les déficits s’expliquent par des raisons techniques et notamment un amortissement d’investissement. Il reste à ce jour Bordeaux-III (AEF n°158764) et l’université de Savoie (AEF n°158565) pour lesquels Laurent Wauquiez se dit aujourd’hui « optimiste » (AEF n°158976), ainsi que Limoges (AEF n°158125), l’UPMC (AEF n°158692) et l’ENS Cachan. « Il est tout à fait injuste et injustifié que ces accusations de mauvaise gestion, qui ne sont pas avérées, rejaillissent sur nos établissements et que certains en profitent pour faire le procès de l’autonomie. »
« À l’image de ce qui a été fait pour le GVT, où la CPU et le ministère ont travaillé ensemble, avec la forte implication de Sophie Béjean et d’autres membres de la commission des moyens, pour aboutir à un consensus et à des résultats concrets qui ont été appréciés (AEF n°156894), nous demandons aujourd’hui que ce travail reprenne très rapidement en vue de définir des principes pérennes d’actualisation de la masse salariale », déclare Louis Vogel « Il y a urgence, il faut que les universités soient éclairées et rassurées sur les conditions de préparation de leur budget 2012. Le GVT n’est qu’un élément parmi d’autres de notre masse salariale. Mais sachant que 80 % de notre financement émane de l’État et que 80 % de nos budgets concernent la masse salariale, il est primordial d’établir un contrat de confiance entre l’État et la CPU et de bâtir de vrais instruments de pilotage, dans un dialogue permanent. »
LA CPU DEMANDE UN « MÉCANISME PLUS SOUPLE »
La CPU salue la constitution d’un « comité des pairs » (AEF n°158246), estimant qu’il était « important de faire appel à deux anciens présidents reconnus – Claude Jameux et Bernard Dizambourg –, mieux à même que des recteurs, qui n’y sont pas tous bien préparés, pour analyser le système financier d’une université et les raisons d’un éventuel déficit ». Il précise qu’au vu des premières conclusions de ce comité des pairs – qui, après avoir examiné les cas de Paris-XIII et de l’Insa de Rouen, a décidé de les retirer de la liste –, il est nécessaire de « privilégier un mécanisme beaucoup plus souple » que l’application pure et simple du décret financier de 2008, afin de permettre une « adaptation aux situations ». « Il faut faire une vraie analyse économique de la situation financière des universités, de la soutenabilité de leur stratégie et de leurs projets, ce qui est complexe et nouveau depuis qu’elles ont la responsabilité de la gestion de leur masse salariale. Cela suppose des instruments de pilotage, partagés avec l’État. Et nous pensons que l’Amue devra jouer un rôle à ce niveau-là. »
Contact : CPU/Amue, Quitterie Ladonne, responsable du pôle de communication, 01 44 32 90 79, quitterie.ladonne@cpu.fr
Sept universités placées sous surveillance financière
jeu 1 décembre, 2011Nuages sur l’autonomie des Universités. Alors que la loi de 2007 (LRU) qui l’organise et la hausse des moyens financiers sont régulièrement mis en avant par l’exécutif, le ministère de l’Enseignement supérieur vient d’annoncer que huit établissements verraient leur budget arrêté par le recteur, en raison de deux déficits de fonctionnement successifs, comme l’oblige un décret financier de 2008. Une annonce qui a semé le trouble et déjà fait l’objet d’un rectificatif. Le ministère a retiré l’université de Nice Sophia-Antipolis.
Restent mis sous surveillance les budgets de l’université Pierre-et-Marie-Curie Paris-VI (UPMC), de Bordeaux-III, de Limoges qui a accusé un déficit de 1 million d’euros en 2009 et de 3 millions en 2010, de Savoie, de Paris-XIII, de l’Insa Rouen et de l’ENS Cachan. Certaines, à l’image de Paris-XIII, négocient pour sortir de cette liste. L’université de Savoie conteste et le président PS de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, est monté au créneau pour déplorer « l’actuelle politique d’allocation des moyens [qui] n’est pas à la hauteur des ambitions ».
Dans le même temps, d’autres universités, celles de Bretagne-Sud, de Pau et des Pays de l’Adour, de Nantes, ont, elles, tiré la sonnette d’alarme pour leur budget 2012. Avec, à la clef, des mesures difficiles comme le gel des emplois envisagés en Bretagne ou la baisse des heures complémentaires et de l’offre de formations étudiées à Pau.
Nouvelles normes comptables
Première raison, technique, de ces difficultés : les nouvelles normes comptables qui exigent des changements d’écriture et entraînent des déficits mécaniques. Au-delà, les présidents des universités pointent, dans la gestion de la masse salariale qui leur est dévolue avec l’autonomie, différents facteurs qu’ils ne maîtrisent pas toujours, comme les décisions prises au niveau national (promotion des maîtres de conférences, etc.) ou le vieillissement de leur pyramide des âges. Le ministère relève aussi des politiques d’indemnités parfois mal maîtrisées.
Et s’il a débloqué en octobre 14,5 millions d’euros pour régler les problèmes du glissement vieillesse technicité (GVT) pour 2009 et 2010, la somme ne compense pas, déplorent certaines universités, l’intégralité du problème. La question du GVT reste à régler pour les années à venir. L’occasion, pour les présidents, de souligner des budgets qui n’ont pas été à la hauteur attendue, à partir de 2010, même si le ministère met en avant une hausse moyenne de 23 % depuis 2007 des dépenses du fonctionnement des universités.
« Nous n’avons pas les moyens de l’autonomie. Notre situation est similaire à celle des collectivités, qui se sont vu transférer des charges, mais sans les moyens adaptés », déplore le président de Bordeaux-III, Patrice Brun. « L’autonomie, nous y croyons toujours, défend Yves Lecointe, président de l’université de Nantes, mais avec des bémols. Ce qui est dommageable, c’est que nous avons désormais une politique d’austérité au niveau de l’Etat qui ne dit pas son nom, et c’est nous qui devons faire des restrictions. »Le Snesup-FSU y voit, lui, « l’échec de la loi LRU » et demande plus de transparence dans la répartition des moyens. Un « comité des pairs » a été mis en place entre le ministère, la Conférence des présidents d’université (CPU) et les rectorats pour régler ce dossier, qui sera au cœur de la répartition des moyens, attendue début 2012. Hier, le SGEN-CFDT, qui a soutenu la réforme, a demandé au gouvernement une rallonge de 150 millions d’euros d’ici à fin 2011, sous peine de « mettre à mal le principe de l’autonomie »
Interview de Louis Vogel
« Il manque de l’argent pour faire face aux nouvelles exigences de l’autonomie »
Louis Vogel, président de la Conférence des présidents d’université (CPU), président de l’université Paris-II Panthéon-Assas ainsi que du pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) Sorbonne Universités distingue différentes causes, parfois strictement techniques, dans les difficultés des universités à présenter des budgets en équilibre, mais demande à l’Etat de poursuivre l’effort financier.
Le gouvernement met en avant les moyens donnés aux universités, mais annonce des budgets mis sous surveillance. Que se passe-t-il ?
Il faudrait d’abord le plus vite possible stabiliser la situation. La communication du ministère de l’Enseignement supérieur va dans tous les sens. Le ministère annonce huit universités dont le budget est arrêté par le recteur, puis sept… C’est extrêmement grave. Il est très inquiétant pour un président d’université de se voir cité comme étant en difficulté financière. Après, quand une université présente deux budgets consécutifs en déficit, il est arrêté par le recteur. C’est une mesure administrative, la simple application de la loi, sur le même principe que les collectivités avec le préfet.
Quelle est l’origine de ces déficits ?
Les raisons sont très différentes d’une université à l’autre et peuvent se cumuler. Dans de nombreux cas d’abord, il y a des déficits techniques, car, avec l’autonomie, les règles comptables ont changé. Nous n’inscrivons plus de la même façon les frais d’inscription, nous devons amortir, ce que nous ne faisions pas. Mais nous ne sommes pas en faillite ! Cela se régularise. Ensuite, en passant à l’autonomie, nous n’en avons pas bien calculé tous les coûts. Quand le ministère prend une mesure sur le traitement des maîtres de conférences, cela coûte plus cher, mais n’est pas prévu dans notre budget. Même chose avec le glissement vieillesse technicité, quand leur population vieillit, les universités n’y peuvent rien. Troisième cause, avec le passage à l’autonomie, certaines universités ont beaucoup perdu, elles avaient des postes vacants qui ont été remplacés forfaitairement, et cela, pas à la hauteur du poste. Et puis l’autonomie exige de nouvelles fonctions comme le contrôle de gestion, les systèmes d’information, qui coûtent cher. Enfin, les universités ont aussi réalisé des rattrapages dans leur politique indemnitaire, mais nous ne disposons pas de tous les instruments pour avoir une véritable visibilité. L’autonomie a un certain nombre de conséquences financières. Les présidents d’université ne sont pas devenus fous. Il manque de l’argent pour y faire face.
Des universités gèlent des postes ou ferment des formations. N’y a-t-il pas un risque de baisse de la qualité ?
Il est toujours très ennuyeux de geler des postes. Cela portera atteinte à la qualité si l’on continue dans cette direction. Il faut très vite, pour éviter ce problème, mettre en place un dialogue entre la CPU et le ministère. Nous avons commencé, à notre initiative, avec un comité des pairs, pour identifier les causes, proposer des remèdes et mettre en place des indicateurs pour avoir enfin de la visibilité. Et il faudra que l’Etat poursuive son effort financier. Nous dépendons à 80 % de ses ressources.
Cela ne remet-il pas en question l’autonomie des universités ?
On pourrait le penser. Mais ce n’est pas vraiment l’autonomie comme principe qui est remise en question. C’est une bonne chose. Ce sont ses modalités, qu’il faut améliorer. De mauvaises modalités peuvent tuer un bon principe. Cette affaire a été traitée un peu selon le dicton : « l’intendance suivra ». Non, l’intendance ne suivra pas ! La société française doit être prête à mettre de l’argent dans ses universités, c’est aussi un moyen de lutter contre la crise. Il ne faut pas nous laisser au milieu du gué. De l’argent est arrivé, mais ce n’est pas suffisant. Il faut affronter les nouvelles dépenses de l’autonomie ou alors il ne fallait pas commencer.
PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE FICEK
Les Echos, 29 novembre 2011





