Louis Vogel, président de Paris II et de la Conférence des présidents d’université : « L’université est le schéma d’avenir
mar 31 mai, 2011Denis Peiron
De vives critiques s’expriment à l’encontre de l’actuel système de formation des élites. Partagez-vous cette analyse ?Louis Vogel : Historiquement, lorsque l’université ne répondait pas à un besoin spécifique, l’État créait une école. On a ainsi misé sur des formations courtes, appliquées, basées sur des stratégies d’imitation. Dans ces établissements, on apprend à réagir vite à des situations. On produit des généralistes, des ingénieurs ou des commerciaux, mais pas des chercheurs. Or, le monde a changé. Il est indispensable d’allier la recherche à l’enseignement. Et l’université – dont l’image, ces dernières années, s’est beaucoup améliorée – offre un schéma d’avenir, parce qu’elle développe l’esprit critique et encourage tant la créativité que la rigueur. L’université peut-elle contribuer à former les hauts fonctionnaires ?
L. V. : Il me paraît indispensable que les polytechniciens, les énarques, les élèves d’HEC puissent venir travailler dans les laboratoires d’université et qu’on fasse d’eux des docteurs. D’abord, parce que c’est un titre mondialement reconnu. Ensuite, parce que même la gestion d’une administration requiert une part de créativité. Peut-on parler de verrous qui empêcheraient les diplômés de l’université d’occuper les plus hauts postes de la fonction publique ?L. V. : Beaucoup de « facs » proposent des préparations aux concours administratifs. Mais leurs étudiants doivent ensuite passer par l’ENA,l’Ecole Nationale de santé publique ou encore les Instituts régionaux d’administration… La logique voudrait qu’au fur et à mesure que l’université monte en puissance et que ses formations gagnent en qualité, ses diplômés puissent accéder directement aux plus hautes sphères de la fonction publique. Cela est vrai pour n’importe quelle profession : plus on diversifie les voies d’accès, mieux cela vaut… Mais il y a le poids de l’histoire. Et il n’est pas question de supprimer les écoles…
Comment renforcer le rôle de l’université dans la formation des élites ?L. V. : Il faut d’abord réorienter l’effort financier. Il n’est pas normal que l’État dépense 15 000 € par an pour un élève de classe préparatoire et seulement 9 000 € pour un étudiant d’université… Cela étant, l’université peut créer en son sein des parcours renforcés permettant aux étudiants d’aller plus loin dans l’excellence. C’est ce que fait Toulouse I en créant sa propre « grande école » d’économie. C’est que nous faisons à Paris II Panthéon-Assas avec le Collège de Droit. Parallèlement, les universités peuvent aussi s’allier à de grandes écoles. Un exemple : les étudiants de l’Essec (NDLR : grande école de commerce) peuvent venir suivre l’année de M2, puis obtenir un master, à Assas. Nos étudiants, eux, sont dispensés des épreuves d’admissibilité au concours d’entrée du cursus « grande école » de l’Essec.À l’entrée du premier cycle, les classes moyennes et populaires sont beaucoup plus représentées à l’université que dans les « prépas ». Mais ensuite le profil social des étudiants de « fac » se rapproche des grandes écoles. L’université est-elle vraiment mieux à même de faire entrer de la diversité dans les élites ?
L. V. : L’université ne sélectionne pas à l’entrée, et donc n’introduit pas de biais lié à la culture générale, à la maîtrise du français et de l’anglais. Mais elle doit pouvoir ensuite accompagner les étudiants les moins armés, comme nous le faisons à Assas dans notre « Parcours réussite », qui prévoit en première année une remise à niveau dans les enseignements de base, moyennant un programme allégé en droit. L’atout de l’université, c’est que rien n’est figé. Un étudiant qui a débuté au sein de notre Collège de droit doit, pour y rester, obtenir au moins 13 de moyenne chaque année, sinon il bascule vers le cursus ordinaire. À l’inverse, quelqu’un qui a débuté au sein du « Parcours réussite » peut très bien, à force de persévérance, rejoindre le Collège de droit. Je dirais même que le système marchera parfaitement le jour où un de ces étudiants sortira major de notre Collège.
Financement des universités : nous sommes au milieu du gué !
lun 30 mai, 2011On ne peut pas nier qu’il y ait plus d’argent arrivé dans l’université depuis que Valérie Pécresse est ministre. En 2007, l’Etat consacrait 6.800 euros par étudiant par an. Un peu plus de 9.000 euros maintenant. Mais c’est encore largement insuffisant, notamment par rapport aux classes prépas avec 15.000 euros ou aux autres pays développés. La Suède, c’est 15.000 euros par étudiant et par an, sans parler des Etats-Unis, avec 20.000 euros en moyenne. Il faut absolument qu’on arrive rapidement à 15.000 euros. L’Etat doit poursuivre l’effort. Nous sommes au milieu du gué.
Les Grands Entretiens de l’ESSEC
jeu 26 mai, 2011Retrouvez Louis Vogel dans ce Grand Entretien de l’ESSEC avec Alain BERNARD, Président du CFA de l’ESSEC. Lire le reste de cet article »
Les facultés de droit veulent atteindre l’excellence
mar 24 mai, 2011| Le Figaro, mercredi 18 mai 2011, p. 11
ÉDUCATION Sept facultés de droit françaises ont décidé de se lancer dans la course à l’excellence en créant leurs « grandes écoles » de droit. Réservées à la crème des étudiants, sélectionnés sur leurs résultats scolaires ou universitaires, ces petites formations appelées aussi « collèges de droit » offrent à leurs étudiants davantage d’heures de cours et les ouvrent sur d’autres disciplines. Objectif affiché par les responsables : faire de ses étudiants des juristes d’élite, leur permettre de réussir des concours de haut niveau de la fonction publique (ENM, ENA, IRA), renforcer leurs parcours pour intégrer de prestigieux cabinets d’avocats ou encore les inciter à se lancer dans la recherche… en droit. L’université Aix-Marseille, celles de Sceaux, de Grenoble, de Reims, de Strasbourg, de Paris-II ou de La Réunion, toutes ont mis en place ou s’apprêtent à ouvrir des filières de ce type.
Louis Vogel, le président de Paris-II-Panthéon-Assas a affiché plusieurs fois sa volonté de « faire concurrence aux grandes écoles » ainsi qu’à Sciences Po, qui grignote depuis quelques années l’hégémonie des facultés de droit. Son université a dégainé la première en 2007 avec un « collège de droit » qui accueille une centaine d’étudiants. Ils doivent avoir une mention très bien au bac. Pour rejoindre le cursus en deuxième ou troisième année, il faut avoir obtenu un minimum de 14 de moyenne en première année. En plus de leur cursus universitaire classique en droit, les heureux élus reçoivent des enseignements complémentaires en droit, philosophie, sociologie et histoire, soit de 60 à 80 heures supplémentaires de cours. Cursus en Anglais Dans le même esprit, l’université Aix-Marseille-III-Paul-Cézanne vient d’ouvrir en janvier son « académie du droit » et a recruté une quarantaine de bacheliers mention très bien avec un « bon niveau d’anglais ». Les cours supplémentaires sont organisés le samedi matin avec des enseignements autour des liens entre droit et société, philosophie, démocratie, construction de l’Europe, ou encore autour de l’approche économique du droit. Pour le président de cette université, Marc Pena « l’enseignement supérieur français ose, de manière plus claire qu’auparavant et dans une stratégie globale liée à son autonomie, développer des filières d’excellence ». Au collège de droit de l’ Université Toulouse I ouvert en 2010, la logique est différente. La sélection débute à l’issue de la première année de droit. « Nous avons refusé la sélection au niveau du bac, car un lycéen n’a jamais fait de droit. Or certains se révèlent en première année et, inversement, d’autres déçoivent. Ce n’est qu’à l’issue de cette année que l’on peut faire un bilan », explique le doyen, Bernard Beignier. Ceux qui ont obtenu leur première année avec des mentions bien ou très bien sont intégrés dans l’école. Les 130 étudiants élus bénéficient de 60 heures supplémentaires de cours avec, par exemple, trois travaux dirigés (TD) par semaine au lieu de deux. « Ce sont des jeunes plus vifs que les autres. Les chargés de TD me disent qu’ils carburent. Ils ont confiance en eux, posent des questions et sont en demande de travail », raconte-t-il. Des cours de culture générale leur sont proposés ainsi que des séminaires de culture juridique. Il est aussi possible de suivre des cursus en droit et anglais, droit et espagnol ou droit et économie. « Cette double formation, à la fois en droit et en gestion, est très recherchée par les grands cabinets d’avocats et les entreprises », assure Bernard Beignier, qui estime offrir « un niveau de classe préparatoire » à ses étudiants. Ces derniers n’ont pas l’air de se plaindre, à l’image de Louise Baysset : « C’est difficile, mais s’entendre dire qu’on est l’élite de la fac, c’est motivant. » À l’inverse, Amélie, inscrite à la « grande école du droit » de la faculté Jean-Monnet de Sceaux a rejoint en cours d’année un cursus plus traditionnel : « J’y ai appris des méthodes de travail mais c’était trop lourd. » Ouverte depuis 2009 à des bacheliers avec mention, d’un « très bon niveau général », la formation met entre autres l’accent sur l’anglais et sur les procédures des pays anglo-saxons. © 2011 Le Figaro. Tous droits réservés. Numéro de document : news·20110518·LF·121×21×22947145243 |
Amue : Louis Vogel est élu président et le conseil d’administration renouvelé
ven 20 mai, 2011Louis Vogel, président de l’université Panthéon-Assas (Paris-II) et président de la CPU, est élu président de l’Amue, annonce l’agence jeudi 19 mai 2011. Les membres du conseil d’administration ont été renouvelés avec « de nouveaux administrateurs élus, tels que le bureau complet de la CPU et le président de la Cdefi, permettant ainsi une meilleure représentation des membres de l’agence ». Louis Vogel, également président du PRES Sorbonne Universités, succède ainsi à Daniel Egret, élu le 24 mars 2009.
L’assemblée générale, réunie le 19 mai 2011, a également approuvé le bilan d’activité 2010 de l’Amue, le bilan du contrat quadriennal 2007-2010 ainsi que son compte financier. Elle a procédé au renouvellement des membres du conseil d’administration pour trois ans, indique l’Amue.
NOUVEAUX ADMINISTRATEURS
Sur proposition de la CPU, siègent au conseil d’administration Louis Vogel, YvonBerland (université de la Méditerranée Aix-Marseille-II), Anne Fraïsse (université Paul-Valéry Montpellier-III), tous deux vice-présidents de la CPU, Sophie Béjean (université de Bourgogne), Yves Lecointe (université de Nantes), Alain Brillard (université de Mulhouse Haute-Alsace) et Christian Lerminiaux (université de technologie de Troyes), président également de la Cdefi.
Sur proposition de la Cdefi, est nommé Michel Mudry, son délégué général. Sur proposition de l’ASG (Association des secrétaires généraux des établissements d’enseignement supérieur et de recherche), François Paquis, directeur général des services de l’université Paris-Descartes, est nommé en qualité de titulaire, et Bernard Contal, directeur général des services de l’université de Poitiers, en qualité de suppléant.
Sur proposition de l’AACU (Association des agents comptables des universités), Georges Vayrou, agent comptable de l’université Panthéon-Sorbonne (Paris-I), est nommé en qualité de titulaire, Jean-Gilles Hoarau, agent comptable de l’université Paris-Diderot (Paris-VII), en qualité de suppléant. Sur proposition du Csiesr (Comité des services informatiques d’enseignement supérieur et de recherche), Thierry Simoni, responsable du pôle organisation de la direction du système d’information de l’université Claude-Bernard (Lyon-I-), est nommé en qualité de titulaire, et Michel Baudouin, chef du service informatique de gestion de l’université de Nantes, en qualité de suppléant.
- Contact : CPU/Amue, Quitterie Ladonne, responsable du pôle de communication, 01 44 32 90 79, quitterie.ladonne@cpu.fr
Les facultés parisiennes décernent les diplômes à l’américaine
mar 17 mai, 2011
Les pôles de recherche et d’enseignement supérieur concourent pour décrocher une enveloppe globale de 7,7 milliards d’euros.
En tenue noire, avec toges et «mortiers», ces fameuses toques universitaires, quelque 532 docteurs de la Sorbonne ont reçu samedi leurs diplômes en grande cérémonie. Dans le grand amphithéâtre de l’université de droit d’Assas, les présidents des trois universités (Panthéon, Assas, Pierre-et-Marie-Curie et Paris-Sorbonne) suivis par les enseignants entrent en grande pompe, également revêtus de leur tenue aux couleurs attachées à chacune des sciences enseignées (rouge pour le droit, jaune pour les lettres ou l’histoire et rouge groseille pour la médecine…), précédés des symboles des différentes disciplines. Les uns après les autres, sous les applaudissements des familles, les nouveaux docteurs de la promotion Jacqueline-de-Romilly sont appelés sur l’estrade pour recevoir le précieux diplôme, véritable talisman qui couronne plusieurs années de thèse, ainsi qu’une écharpe bleue. Ce type de cérémonie solennelle « à l’américaine », monnaie courante dans les pays anglo-saxons mais abandonnée en France depuis mai 1968, revient au goût du jour dans les universités françaises.
Premier anniversaire pour Sorbonne-Universités
Pour la première fois, ce week-end, la remise de diplôme a concerné en même temps plusieurs universités regroupées dans un pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES), ces confédérations d’établissements constituées dans le cadre de la loi sur les universités. Catherine, docteur en histoire, montre son diplôme fraîchement reçu avec enthousiasme : « Compte tenu des efforts fournis pour une thèse, ce type de cérémonie est plus valorisante que de recevoir son diplôme par courrier ! Et elle renforce un sentiment d’appartenance à un grand ensemble. » Car ce pôle, appelé Sorbonne-Universités et qui fête son premier anniversaire, regroupe, outre les trois universités, de grandes écoles comme l’Insead, l’École des chartes, Saint-Cyr ou encore l’École nationale de la magistrature. Un ensemble vaste et hétéroclite. Mais cette complémentarité permet notamment des doubles cursus comme sciences-économie ou histoire-droit.
Début 2011, plus d’une vingtaine de PRES se sont constitués comprenant près de 60 universités et de nombreux établissements d’enseignement supérieur sur l’ensemble du territoire. « Les modèles de PRES sont très différents, détaille Louis Vogel, président de Sorbonne-Universités et de la Conférence des présidents d’universités. Il y a les pôles qui sont la reconstitution d’anciens ensembles, ceux qui sont constitués autour d’un pôle de recherche d’une même matière ou encore ceux, comme Sorbonne-Universités, qui jouent sur la complémentarité des disciplines. »
Avec un même objectif : rattraper le terrain perdu en termes de compétitivité internationale et attirer les meilleurs étudiants et chercheur, notamment étrangers. « Ces alliances sont indispensables dans le cadre de la compétition internationale dans le monde de l’enseignement supérieur », lance Édouard Husson, vicechancelier des universités au rectorat de Paris. Dans le classement de Shanghaï des universités, la France se classe à la 6e place, avec seulement 3 universités parmi les 100 premières et 22 parmi les 500 premières… La première française, Pierre-et-Marie-Curie, ne figure qu’à la 39e place…
C’est avec cet objectif que, dans un second temps, cinq à dix ensembles d’universités et de grandes écoles seront nommés « initiatives d’excellence ». Les oraux ont débuté mi-mars pour 17 candidats, parmi lesquels Sorbonne-Universités, Montpellier, les Universités de l’Ouest, Strasbourg, l’Est, Hesam, Saclay, Sorbonne-Paris-Cité, PSL et Paris-Est. Les lauréats se partageront d’ici à la fin de l’année 7,7 milliards d’euros.
Mais tout n’est pas simple dans la constitution de ces ensembles parfois composés d’établissements très différents,comme à Saclay où se côtoient l’université Paris-XI, HEC, mais aussi l’École polytechnique, l’École centrale et l’École normale supérieure, très fières de leur réputation et de leurs prérogatives.
Ce juriste pragmatique a créé la surprise en devenant le patron des présidents d’universités à l’heure de la loi LRU.
mar 17 mai, 2011Le problème avec LouisVogel, le patron des présidents d’universités, c’est qu’il est vraiment sympa, souriant, direct, dynamique, pas prétentieux pour un sou. Alors on se dit qu’il sera difficile de faire un portrait contrasté d’un personnage aussi positif.De plus, il a un physique à la Jack Nicholson. Non pas le côté inquiétant vu dans Shiningmais l’autre, bien plus rassurant, de pétillant séducteur quinqua, cheveux en arrière sur un front légèrement dégarni. Heureusement, même les hommes lisses ont une histoire, avec des zones d’ombre et des questions sans réponse. Ainsi, comment Louis Vogel, homme pondéré et sans charisme excessif, s’est-il hissé si vite en haut de l’affiche? En cinq ans, sans que personne ne l’ait vu venir, ce brillant juriste est devenu un personnage clé dumonde universitaire et par là, d’une des réformes phares du sarkozysme, la loi donnant l’autonomie aux universités (la LRU).
Diplômé de Sciences-Po, agrégé de droit privé et détenteur d’unMaster of Laws de la Yale LawSchool, la prestigieuse université américaine de droit, LouisVogel a d’abord fait une belle carrière universitaire. Elle l’a conduit à Paris-II-Panthéon-Assas, la première université juridique française, où il est nommé professeur. Il a aussi fondé avec son frère cadet Joseph le cabinet Vogel & Vogel, spécialisé en droit des affaires et installé dans les beaux quartiers de Paris.
Louis Vogel aurait pu s’arrêter là. Mais il n’aime guère faire du surplace. Pourmonter toujours plus haut, ce Lorrain qui parle aussi bien l’allemand que l’anglais, opère par blitzkrieg. En 2006, à la surprise générale, il se présente à la présidence d’Assas et, après une campagne éclair, est élu haut lamain. En 2010, à la Conférence des présidents d’universités (CPU), l’interlocuteur des pouvoirs publics, il se déclare le dernier jour du dépôt des candidatures. Et son ticket l’emporte. Derrière l’improvisation apparente, Louis Vogel est un habile tacticien.«Il ne s’embarque que lorsqu’il est sûr de gagner, c’est un winner», soulignent plusieurs observateurs. Pour la CPU, il a soigneusement balisé le terrain. En septembre, il a sorti un livre profession de foi sur l’université. Pour son ticket, il a réussi un coup demaître, s’alliant à droite à un président proche de l’UMP, et à gauche à une présidente proche des anti-LRU. Le plus sûrmoyen de ratisser large.
Ses adversaires, qui soutenaient le trio rival, proche du PS, dénoncent«l’alliance des conservatismes de tous bords»et«le consensus mou» de Vogel. Lui proteste et promet de se bagarrer. Il vient de critiquer lemanque de vision officiel et réclame plus d’argent pour l’université: «Un étudiant coûte 9000 euros contre 15000 pour un élève de prépa.»
En fait, son projet est complètement dans l’air du temps. Pour retrouver son rang, l’université française doit, selon lui, offrir des formations d’élite auxmeilleurs étudiants qui préfèrent les grandes écoles. Elle doit aussi affronter la concurrence internationale, recruter les meilleurs chercheurs et y mettre le prix. Elle doit enfin s’ouvrir à l’entreprise et préparer les étudiants aumonde professionnel.
L’Elysée a vu son élection d’un bonoeil. Laministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, cite souvent en exemple les innovations que Vogel a introduites dans sa fac: un diplôme pour les bacheliers «mention très bien» afin de concurrencer l’école de droit de Sciences-Po ou un cursus avec du rattrapage en français pour les plus faibles. La ministre a juste une petite crainte: qu’il écoute trop son aile gauche. «Je ne partage pas toutes ses vues, souligneOlivier Beaud, professeur de droit public à Paris-II, très actif contre la LRU, mais je vois en lui unmodernisateur sincère, et un bonmanager qui écoute, tranche et assume.» «Il n’a aucune idéologie, c’est un carriériste, assène un opposant au sein de la CPU. Son poste est pour lui un marche pied, pour devenir recteur ou conseiller du ministre.»
L’université est un monde impitoyable où, derrière des airs policés, on se décoche des phrases assassines. Mais Louis Vogel est blindé. C’est un pragmatique, rôdé aux compromis avec lesmandarins de Paris-II jaloux de leur pouvoir. C’est un bosseur, qui peut donner rendez-vous à 8 heures dumatin. Et c’est surtout, sous son indestructible bonne humeur, un coriace qui ne lâche pas l’affaire. «Je sais encaisser», dit-il lorsqu’il évoque sa scolarité chez les jésuites. Né à Sarrebruck, enAllemagne, où samère avait choisi d’accoucher –héritage de l’histoire, les gens de la région avaient l’habitude d’aller et de venir en Sarre–, il a grandi à Bitche (Moselle), ville de garnison où son père était industriel. Pour le secondaire, il a été envoyé au pensionnat de jésuites deMetz, aujourd’hui disparu. La famille n’est pas spécialement catholiquemais c’est la tradition dans la bonne bourgeoisie.
Messes le matin, punitions en latin, organisation militaire avec des élèves «chefs d’équipe» qui prennent pour les autres, etc. La discipline est draconienne.Un jour, un interne est surpris en train de lire les Fleurs dumal dans les toilettes. Il est aussitôt exclu. «Pourmoi, cela a été une bonne formation car je suis résistant, dit-il,mais pour d’autres, cela pouvait être dévastateur.» Le père,Mansuy Vogel, aujourd’hui décédé, possède une scierie. Il crée une cristallerie. «Un rêveur, dit son fils, à l’époque déjà, ces secteurs périclitaient.» Samère dessine les vases et aide à la gestion. Les enfants grandissent en voyant leurs parents penchés des nuits entières sur les livres de comptes, cherchant comment amadouer les banques. Les deux frères deviendront avocats.
Aujourd’hui, entre la CPU, son université et le master qu’il dirige encore, LouisVogel a laissé de côté son activité d’avocat. Il s’apprête à publier un ouvrage de droit comparé. «J’adore aussi la gestion humaine, précise-t-il. J’ai besoin de ça, écouter, discuter, être avec les gens.» Les êtres les plus sociables sont souvent les plus difficiles à percer.Ou peut-être leur vie publique résume-t-elle l’essentiel.
Marié à une architecte, sans enfant, Louis Vogel a ainsi rencontré sa femme sur son lieu de travail. «Elle devait rénover mon premier cabinet, raconte-t-il. Ellem’a dit qu’elle ne pouvait rien faire car tout l’intérieur était en bois, genre chalet suisse. J’ai apprécié sa sincérité… et qu’elle ne pousse pas à la dépense!» Pour son bureau au Panthéon, il a choisi desmurs tout blancs. Son secret pour tenir le rythme?Desweek-ends réglés.Des lectures –de droit de préférence– et deux heures de vélo le samedi, autant le dimanche.«Ma femme tient à sa ligne, dit-il, et ça nettoie vraiment la tête.» Le couple habitant près de la porte Maillot, il pédale dans le Bois de Boulogne. Avant, il poussait jusqu’à Versailles mais on a mis du gravier sur les allées goudronnées, impossible de rouler aumême rythme. N’est-ce pas un peu lassant de parcourir les mêmes allées du Bois-de-Boulogne? «On ne fait pas ça pour rigoler, on fait ça sérieusement», répond LouisVogel avec son grand sourire.
Par VÉRONIQUE SOULÉ
Louis Vogel : « Le financement des universités est encore largement insuffisant »
mar 17 mai, 2011
La Conférence des présidents d’université (CPU) tient aujourd’hui et demain, à Toulouse, son grand colloque annuel, auquel parti cipera Valérie Pécresse. Son président, Louis Vogel, interpelle la ministre sur le financement des universités.
Quel bilan faites-vous de l’autonomie des universités, mise en avant par l’exécutif ?
L’autonomie, une réforme qui concerne la gouvernance, la gestion des ressources humaines et pouvait passer au départ comme assez loin de la réalité scientifique des universités, a rencontré la volonté des universitaires français de changer. Cela se voit avec tous les projets déposés dans le cadre du grand emprunt. Il y a un sacré mouvement dans l’université. Il a coïncidé en 2007 avec un début de réorientation de la politique du gouvernement. Le bémol, c’est que la réforme est loin d’être terminée!
C’est-à-dire ?
On ne peut pas nier qu’il y ait plus d’argent arrivé dans l’université depuis que Valérie Pécresse est ministre. En 2007, l’Etat consacrait 6.800 euros par étudiant par an. Un peu plus de 9.000 euros maintenant. Mais c’est encore largement insuffisant, notamment par rapport aux classes prépas avec 15.000 euros ou aux autres pays développés. La Suède, c’est 15.000 euros par étudiant et par an, sans parler des Etats-Unis, avec 20.000 euros en moyenne. Il faut absolument qu’on arrive rapidement à 15.000 euros. L’Etat doit poursuivre l’effort. Nous sommes aumilieu du gué.
La CPU a récemment rencontré le chef de l’Etat. Avez-vous été entendu sur ce point ?
Nous avons notamment abordé la question du grand emprunt. Mais les opérations ponctuelles ne peuvent se substituer au financement normal des universités. Le grand emprunt, c’est très bien, mais il doit s’articuler avec des financements récurrents, ce sont eux notre problème. Et l’autre demande, c’est de gérer l’aprèsinvestissements d’avenir et ses conséquences.
Quelles conséquences voyez-vous pour l’instant à cette opération de 22 milliards ?
Indépendamment de certains dysfonctionnements dans la procédure de sélection, certaines zones, notamment l’Ouest et le Nord, n’ont pour l’instant pas reçu grand-chose. Même chose pour plusieurs disciplines. Les appels à projets ont plutôt été conçus pour les sciences dures, si bien qu’il a été très difficile pour les autres sciences comme les sciences humaines, le droit, la gestion, les lettres, de se couler dans lemoule. Une des solutions envisageables serait de rééquilibrer les futurs appels à projets du deuxième tour.
Comment ?
La CPU demande à être associée à la construction des cahiers des charges. Il faudrait aussi envisager des appels à projets sur d’autres domaines que la recherche comme la pédagogie, les programmes innovants. Cela permettrait de récompenser autre chose que des laboratoires et de ne pas casser la dynamique qui a été enclenchée. C’est une question que nous avons abordée avec le président de la République pour tenter de remédier aux déséquilibres entraînés par le grand emprunt. A l’image du football, il ne peut y avoir de première division sans deuxième division. Si nous avons dix grands campus d’excellence à visibilité internationale, il faut aussi qu’ils se nourrissent d’un terreau, d’autres universités sur le territoire, compétentes, avec desmoyens et qui les challengent. On ne va pas faire dix pôles dans un désert. Ce serait une erreur.
Qu’est-ce que les universités sont-elles prêtes à faire pour améliorer la licence ?
C’est un sujet majeur pour nous, qui englobe les IUT, BTS, classes prépas, l’entrée à l’université. C’est ici que se joue la réussite des étudiants. Et c’est là que nous avons 50 % d’échec en moyenne. Mais c’est aussi là que nous pouvons faire beaucoup de progrès, déjà engagés, en créant des filières spécifiques, des passerelles, en développant la professionnalisation, l’accompagnement. De nombreuses innovations sont possibles. Il se trouve que la ministre a lancé un deuxième plan licence et veut modifier l’arrêté sur la licence. Mais la réforme partira nécessairement des universités, de ce que les équipe sont déjà mis en oeuvre et de ce qu’elles vont encore imaginer, on ne peut pas imposer une réforme sans elles. Ce n’est pas à coups d’arrêtés que nous changerons les taux d’échec, l’intérêt des études, la réorientation.
PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE FICEK
Au-delà du symbole propre à toute remise de diplôme, cette cérémonie des diplômes de Sorbonne Universités prend une signification particulière :
lun 16 mai, 2011En célébrant notre union autour du diplôme de doctorat, grade universitaire le plus élevé, nous célébrons finalement l’Université française :
- une Université pluridisciplinaire, ouverte sur la société qui l’entoure et incarnant la créativité, l’innovation intellectuelle, le progrès ;
- une Université moderne, qui répond aux enjeux de notre époque et au défi de la concurrence internationale ;
- une Université réactive, qui soutient ses étudiants sur le chemin de la reconnaissance académique et de l’insertion professionnelle ;
- une Université équilibrée, offrant une véritable égalité entre ses membres, une insatiable curiosité et une grande rigueur scientifique ;
- bref, une Université dont les valeurs rendent hommage à la marraine de notre première promotion, Madame Jacqueline de Romilly.
Première Cérémonie des Docteurs
lun 16 mai, 2011
14 mai 2011
Grand amphithéâtre du centre Assas
92 rue d’Assas – 75006 Paris
14h
La cérémonie des docteurs de Sorbonne Universités – promotion Jacqueline de Romilly – constitue un événement exceptionnel dans le cadre de la politique de valorisation de la recherche universitaire française.
Pour la première fois en effet, trois universités (Panthéon-Assas, Paris-Sorbonne et Pierre et Marie Curie), réunies au sein du PRES – pôle de recherche et d’enseignement supérieur – Sorbonne Universités, distingueront ensemble leurs docteurs de l’année 2010-2011.
Au-delà de l’événement festif, auquel toute la communauté universitaire est conviée, il s’agit de mettre en avant l’ouverture, l’universalité et le progrès issus d’un enseignement et d’une recherche de qualité, autant de notions défendues par Jacqueline de Romilly, philologue, écrivain, professeur, helléniste et membre de l’Académie française. En la choisissant pour marraine de cette première promotion, Sorbonne Universités tenait à lui rendre hommage.
Aux côtés des présidents Louis Vogel, Georges Molinié et Jean-Charles Pomerol, des enseignants-chercheurs, des personnels, des professionnels partenaires, des docteurs et de leurs familles, 1300 invités seront présents, parmi lesquels M. le Vice-chancelier des universités de Paris Edouard Husson, Mme Hélène Carrère d’Encausse et M. Jean-Luc Marion de l’Académie française.
A travers le parcours scientifique des 1141 jeunes docteurs célébrés – dont 531, revêtus de la toge et du mortier académiques viendront recevoir leur diplôme honorifique – toutes les disciplines universitaires (sciences, médecine, lettres, humanités, droit, science politique et économie-gestion) seront à l’honneur et l’Université célébrée comme véritable creuset du potentiel de créativité et d’innovation intellectuelle qui la caractérise.






