Libération : Pour vous, que signifie l’excellence à l’université?

mer 29 septembre, 2010

Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

«L’excellence, c’est le meilleur, en matière de recherche, de transmission des savoirs, d’insertion professionnelle des étudiants, l’exigence absolue de la qualité dans toutes les missions qu’assume aujourd’hui la communauté universitaire. Cette excellence, les universités françaises devenues autonomes peuvent aujourd’hui y prétendre sans complexe. En s’appuyant sur toutes leurs forces internes mais aussi sur des partenaires qui leur font confiance, grandes écoles, collectivités territoriales, entreprises, elles ont enfin les moyens de leur ambition.
Ce gouvernement a engagé un effort financier sans précédent. L’université française retrouve la fierté qu’elle a parfois perdue. Cela passe par la réussite des étudiants, l’innovation pédagogique, par la créativité scientifique, mais aussi par des campus modernes et accueillants. Nous avons de bonnes nouvelles en cette rentrée : les bacheliers ne se méfient plus des universités, des professeurs du monde entier reviennent y enseigner, les entreprises investissent dans les fondations. Dans chacune de nos universités, il y a des stratégies d’excellence à élaborer appuyées sur des équipes de haut niveau et les atouts d’un territoire. Les universités doivent s’allier, se mettre en réseau pour être visibles. Avec 22 milliards d’euros, les investissements d’avenir vont leur permettre de franchir un nouveau cap, pour mettre l’excellence au service de la science et de la société.»

Louis Vogel, Président de l’université Panthéon-Assas (1)
«L’excellence, c’est justement l’université. Ce terme est souvent associé aux classes préparatoires et aux grandes écoles, mais le meilleur en matière d’enseignement supérieur et de recherche se trouve à l’université : voilà le vrai modèle de demain ! Il se fonde sur le développement de filières spécifiques, adaptées à chacun. Leur but ne se limite pas à boucler un programme en vue de passer un concours aux places limitées. Il s’agit au contraire, en toute sérénité, à mille lieues d’un bachotage intensif et éphémère, de permettre à tous d’apprendre, d’encourager le travail de fond, d’acquérir des connaissances théoriques dans des domaines différents et d’ouvrir à la pratique, de stimuler la créativité, le sens critique et l’esprit de recherche. L’excellence ne se réduit pas à la sélection élitiste mais est d’abord la joie de découvrir soi-même. La sélection n’est pas une fin en soi, mais un moyen. Il ne s’agit pas d’abord de « classer » les étudiants mais de les aider à réfléchir et à développer chacun leurs qualités propres.»

Camille Galap, Président de l’université du Havre

«L’excellence est partout, sur tout le territoire. Assurer la réussite de l’étudiant, c’est non seulement lui garantir une formation académique de qualité mais aussi former, au-delà du cadre ou du technicien qu’il sera demain, un citoyen bien dans sa peau. A l’université du Havre, nous accueillons des publics très variés, hétérogènes, d’origines sociales très différentes et assurons à nos diplômés un bon taux d’insertion professionnelle grâce aux réseaux tissés avec notre environnement socio-économique. L’ambition d’excellence, pour une université de taille moyenne, ne peut s’exprimer dans tous les domaines, faute de moyens. Alors, nous devons élaborer des stratégies d’établissement en lien avec le tissu socio-économique local et déployer des dispositifs d’excellence dans des secteurs où l’on a une bonne insertion professionnelle et une recherche de qualité; je pense en particulier à la logistique, aux énergies renouvelables, à la chimie fine, au génie civil ou aux échanges internationaux. Il faut que les gens aient conscience que l’excellence est aussi à côté de chez eux. Faisons preuve d’imagination pour le faire savoir.»

Stephane Tassel, Secrétaire général du Snesup-FSU

«Autonomie, excellence… Des escroqueries sémantiques. Valérie Pécresse est passée maître dans l’art de tordre les mots, de maintenir ambigu le sens des termes qu’elle emploie. Encore dans son discours de rentrée, la ministre trompette que 90% des universités seront passées à l’autonomie en janvier 2011. Or, accordant l’autonomie financière d’une main, elle a confisqué les libertés des universitaires de l’autre -leur autonomie intellectuelle. Le recours à l’excellence, déclinée sous les formes les plus variées (recherche, laboratoire, équipement, chaire, formation…), procède d’une même méthode. Qui pourrait douter de l’intention de celui qui voudrait l’excellence pour la recherche ? Rien de mieux pour faire taire la critique, et faire miroiter ce Graal à de nombreux prétendants. Or pour parvenir à « l’excellence », cantonnée à une minorité, le processus est extrêmement sélectif et facteur de concurrence. Stérile, « l’excellence » exténue les collègues, les détourne de leurs missions et terrasse la force créatrice des universités en manque criant d’emplois.»

Jean-Baptiste Prevost, Président de l’Unef

«Qui peut-être contre l’excellence et pour la médiocrité à l’université ? Personne. Par contre, une certaine vision de l’excellence semble s’imposer, porteuse d’une vision élitiste de l’enseignement supérieur. Le discours actuel sur l’excellence vient légitimer la politique de concentration des moyens sur une poignée d’établissements, ou sur quelques étudiants méritants, au détriment de la majorité.
La politique de l’autonomie vise en réalité à faire apparaître une poignée de grandes universités, tirées vers le haut par la concurrence mondiale, au mépris des plus petites. L’opération « Campus » profite ainsi aux quelques heureux lauréats qui vont pouvoir financer des rénovations. Les universités préfèrent également investir sur leurs formations de masters et de doctorats, plutôt que dans les premiers cycles où se concentre l’échec.
L’excellence est aujourd’hui un outil au service des inégalités, car toutes ces politiques génèrent des gagnants et des perdants. Elle permet également d’éviter de s’attaquer aux vrais problèmes, au profit d’une politique d’affichage. C’est la logique qui a prévalu à la création des grandes écoles : en mettant leur réussite en avant, on a renoncé à améliorer le sort des universités. L’excellence à l’université, c’est au contraire une politique qui vise la réussite du plus grand nombre et donne plus à ceux qui ont moins.»

(1) Louis Vogel vient de publier L’Université: une chance pour la France, ed. PUF, coll. Quadrige.

BFM Radio : Louis Vogel

mer 29 septembre, 2010

lalettredeleducation.fr : Louis Vogel : « Pour améliorer l’université, la sélection n’est pas aujourd’hui la solution »

mer 29 septembre, 2010

Louis Vogel est président de l’université Paris-II-Panthéon-Assas.

Vous venez de publier un essai intitulé « L’Université : une chance pour la France » (PUF). Que retenez-vous de vos quatre dernières années à la présidence de l’université Panthéon-Assas ?
Ce qui m’a marqué le plus est, bien sûr, la mise en place de l’autonomie des universités. Non pas la baisse de la taille des conseils d’administration d’université, mais plutôt le développement d’outils pour aider les universités à évoluer. Depuis 2007, nous avons en plus pu disposer de moyens supplémentaires, même si le financement reste encore insuffisant. En trois ans, l’investissement de l’Etat est passé de 6 800 euros à plus de 9 000 euros par étudiant, alors que l’Etat finance toujours à hauteur de 14 000 euros chaque élève de classe préparatoire aux grandes écoles. En clair, si la direction est bonne, nous sommes encore loin du but. Pour l’atteindre, nous devrons sans doute passer à court terme par des frais d’inscription, progressifs, plus importants. La contrainte budgétaire de l’Etat sera telle ces prochaines années que la France n’aura pas d’autres moyens pour augmenter les financements des universités françaises au niveau de leurs concurrentes étrangères.

Outre ces droits d’inscription, quels sont les chantiers à ouvrir dans les universités ?
Nous devons tout d’abord tout faire pour réduire le taux d’échec à l’université. C’est vital pour l’université, car avec au mieux 50 % d’échec en première année, nous sommes lourdement handicapés. Il y a plusieurs réponses à apporter pour aider tous les jeunes à réussir à l’université. Je pense tout d’abord que nous devons revoir la pédagogie en proposant, en particulier, des cours en petits groupes. De même, nous aurions beaucoup à gagner à proposer une première année beaucoup plus générale. Le système actuel est trop étroit, il engage très tôt les étudiants dans des enseignements très pointus. Créons des collèges universitaires où se poursuivraient des études plus ouvertes intégrant divers enseignements de sciences, de lettres ou d’humanités, avec une ou plusieurs dominantes. Ce système permettrait une orientation très progressive des étudiants. Dans le même temps, on pourrait réorganiser les cursus de master et doctorat pour accueillir le cœur de l’enseignement spécialisé, dispensé à des étudiants plus motivés à ce stade de leur parcours.

Etes-vous favorable à une sélection des étudiants à l’entrée des universités ?
Non, la sélection n’est pas aujourd’hui la solution. Nous manquons déjà d’étudiants et ce réflexe malthusien serait contreproductif pour le pays. Il faut plutôt travailler sur le système pour améliorer l’orientation des étudiants, mais aussi pour offrir à un public étudiant très hétérogène des parcours différenciés, et ce dès la 1re année de licence. Il ne faut pas être aveuglé par le principe d’égalité qui nous obligerait à traiter tous les étudiants de la même manière. Au contraire, nous devons offrir aux bons étudiants des formations complémentaires, tandis que ceux en difficulté pourraient être soutenus. A Assas, la licence de droit offre désormais trois parcours : réussite, classique et le collège de droit. Le parcours de réussite permet à des étudiants volontaires d’échanger trois cours, parmi les enseignements non essentiels, contre des cours de remise à niveau en français et culture générale. A la fin de cette année, les étudiants qui réussissent leurs examens retrouvent en deuxième année le parcours classique. Quant aux étudiants du parcours classique, ils peuvent rejoindre s’ils obtiennent de bons résultats le collège de droit, qui offre des séminaires supplémentaires à une centaine d’étudiants, eux, sélectionnés.

En même temps, pourquoi demander la spécialisation des universités ?
L’université générique a fait son temps. Avec l’autonomie, il faut que les universités répondent selon leurs propres modalités aux besoins spécifiques de leur environnement. Il faut aujourd’hui cesser d’agir comme si toutes les universités étaient semblables et donner à chacun la possibilité de développer ses qualités particulières. L’égalitarisme produit souvent l’inégalité. Cela ne veut pas dire que certains établissements sont meilleurs que d’autres. Ils sont simplement différents.

Studyrama : « L’université française a sa carte à jouer, mais maintenant ! » – Louis Vogel, président de l’université Panthéon-Assas

mer 29 septembre, 2010

Le 15 septembre, Louis Vogel, président de l’université Panthéon-Assas (Paris-2), a sorti un ouvrage intitulé « L’université, une chance pour la France ». Studyramag s’est procuré l’ouvrage et vous propose une rencontre avec un président qui n’a pas la langue dans sa poche…

Depuis 4 années passées à la tête de l’Université Paris-2, enseignant depuis 30 ans, Louis Vogel est, dès son avant-propos, inquiétant. « Oui, la situation est dramatique, il n’y a pas de temps à perdre. Mais oui, c’est possible. L’université est prête et a la capacité de se transformer, si elle est convaincue que c’est pour le meilleur. » En conclusion de son livre, il émet 10 propositions pour revenir parmi les meilleurs.

L’idée principale développée dans votre livre est que « l’université, face au déclin, représente l’avenir ». Vous prétendez également qu’il « faut en finir avec le modèle actuel des grandes écoles ». Un peu rude, non ?
« Historiquement, les universités n’ont pas su faire face aux besoins du pays. Le gouvernement s’en est rendu compte et a donc décidé de créer des établissements extérieurs, comme le Collège de France qui est quelque part la 1re grande école créée. Les gens font erreur en pensant que les universités ne valent rien et que la France sera sauvée par ses grandes écoles. Dois-je vous rappeler qu’à l’étranger, les meilleurs étudiants sortent d’Oxford, de Cambridge, de Yale ou encore d’Harvard ? Voilà la vraie valeur du modèle universitaire : le savoir. Les écoles ne sont pas faites pour faire de la recherche, alors que c’est l’essence même de l’université ! Il s’agit alors de les rapprocher pour croiser les savoirs et les moyens. Les laboratoires doivent être branchés sur des pépinières et des incubateurs pour que les inventions produites par les universités puissent voir le jour concrètement. »

Mais les grandes écoles se lancent elles aussi dans la recherche, qui n’est plus le jardin privé de l’université…
« C’est justement qu’elles ont compris que c’est la recherche qui compte désormais pour être un pays compétitif, surtout à l’international ! Mais les écoles n’ont pas le bon modèle pour le faire sérieusement. Les très bons étudiants doivent venir et surtout rester dans nos laboratoires universitaires. Actuellement, nous les perdons : nos élites partent de plus en plus à l’étranger, au revoir les Nobel et grands cerveaux dont la France a tant besoin ! Pour répondre à tout cela, l’université a besoin de revaloriser la recherche et de faire des concessions… »

Dix propositions pour revenir parmi les meilleurs

  1. Revoir la pédagogie
  2. Ne pas se spécialiser dès la 1re année
  3. Différencier les universités
  4. Diversifier les parcours au sein de chaque université
  5. Admettre de véritables dérogations au système d’admission post-bac
  6. Abandonner l’idée d’une sélection en 1re année à l’université
  7. Rééquilibrer les pouvoirs internes au profit des universitaires
  8. Favoriser les regroupements sans nuire aux disciplines minoritaires
  9. Introduire des droits d’inscription progressifs
  10. Favoriser l’investissement des entreprises dans l’université

Pour connaître le détail de ces 10 propositions, Studyramag vous invite à lire la totalité des 112 pages de l’ouvrage de Louis Vogel, « L’Université, une chance pour la France ». Collection Quadrige Essais-Débats, éditions PUF. Sortie le 15 septembre 2010.
Propos recueillis par Julie Mleczko

Le Monde: L’université veut contrer les filières d’élite

mer 29 septembre, 2010

Avec la multiplication des parcours sélectifs, un système à plusieurs vitesses est en train de s’installer

A peine les étudiants des classes préparatoires aux grandes écoles sont-ils rentrés dans leurs lycées que les universités ouvrent leurs portes aux quelque 1 371 500 étudiants inscrits cette année. Depuis la décision gouvernementale d’octroyer un dixième mois de bourse aux étudiants effectivement scolarisés sur cette durée, les universités entament leurs cours dès septembre et n’hésitent plus à organiser des prérentrées pour les premières années de licence.
En favorisant l’autonomie, les rapprochements d’établissements, ainsi qu’en multipliant les opérations de financements sur appel d’offres (comme l’opération de rénovation des campus, organisée en 2009) ou les investissements d’avenir permis par le grand emprunt, le gouvernement a mis en place les conditions d’une compétition entre les établissements.
Traditionnellement inscrites dans un cadre national qui a favorisé l’idée d’«égalité» entre les établissements (égalité d’accès à l’université, égalité des diplômes délivrés sur tout le territoire, égalité de traitement des universitaires), les universités sont aujourd’hui poussées à définir un projet et à se faire leur propre place dans le système universitaire.
Le gouvernement souhaite ainsi qu’elles assument leur statut, soit d’université tournée vers la recherche au niveau international, soit d’université de proximité avec une ou deux spécialités en recherche de haut niveau.
Si tous les universitaires sont conscients des différences qui existent déjà entre établissements, cette approche rompt pourtant avec une tradition séculaire. «Avec cette politique, on accentue l’université à deux vitesses, qui mène à une formation à deux vitesses», conteste ainsi Stéphane Tassel, secrétaire général du Snesup.
«Même si personne ne veut le dire, tout le monde sait aujourd’hui qu’en France il n’y a pas une mais 83 vitesses [soit le nombre d’universités publiques] dans le système universitaire. Autant l’assumer et aider les universités à définir leur propre projet. Et ce ne sont pas nécessairement les grandes universités parisiennes installées qui sont aujourd’hui les mieux armées», explique un bon observateur du système universitaire.
Dans ce nouveau cadre, un certain nombre d’universités se sentent complètement décomplexées et n’hésitent pas à entrer frontalement en compétition directe avec les traditionnelles filières d’élites, les classes préparatoires aux grandes écoles. Pour attirer les étudiants les plus prometteurs, elles offrent des formations rénovées et le plus souvent sélectives.
«Tout comme nous devons différencier le rôle des universités en les spécialisant, nous devons offrir à un public étudiant très hétérogène des parcours qui conviennent à chacun », juge Louis Vogel, le président de l’université Paris-II-Panthéon-Assas.
Depuis une dizaine d’années, des universités, comme Nanterre ou Paris-I-Panthéon-Sorbonne, offrent ainsi des doubles licences (deux licences disciplinaires préparées en trois ans) ou des bilicences (une licence préparée en trois ans avec deux disciplines), avec toutes les combinaisons imaginables : droit-langues, philosophie-lettres, droit-histoire de l’art, etc. Selon le ministère de l’enseignement supérieur, le phénomène est en plein développement. Plus d’une dizaine d’universités, dont récemment Paris-II, Paris-IV et Paris-VI, ensemble, offrent des dizaines de doubles licences habilitées.
«L’intérêt de ces formations est double, explique un universitaire. Elles permettent de sélectionner ses étudiants, sur leur niveau de langues ou sur une mention obtenue au baccalauréat, mais aussi de lutter contre la balkanisation des sciences sociales. Une bilicence économie sociologie peut ainsi être beaucoup plus riche qu’une simple licence, ces deux disciplines se nourrissant mutuellement».
Certaines universités ont préféré opter pour des licences renforcées. L’université de Nancy-I-Henri Poincaré, qui a fait ce choix, ouvre cette année en licence de mathématiques une « classe préparatoire maths-physique » interne. «Sur 140 étudiants inscrits, nous avons sélectionné 12 volontaires qui bénéficieront de 50% d’heures en plus en première année, soit 31 heures de cours, au lieu de 21 heures, explique Didier Schmitt, le directeur des études de L1. L’objectif est certes de préparer aux concours d’écoles d’ingénieurs, mais avant tout d’en donner plus à de très bons étudiants».
Quant aux facultés de droit, elles se sont engouffrées dans la voie des «collèges de droit», une licence renforcée en droit réservée à une petite élite. Après Paris-II, Montpellier-I ouvre son collège de droit à une cinquantaine de bacheliers. A Toulouse-I, le collège de droit ne pourra être intégré qu’en deuxième année et sera réservé aux meilleurs étudiants de L1. «Nous proposons aux très bons étudiants des cours supplémentaires de culture juridique, explique Bernard Beigner, doyen de la faculté de droit. En parallèle, nous avons notre plan pour les étudiants en difficulté. Nous en finissons en quelque sorte avec le menu unique qui prévalait jusqu’à maintenant. »
«Les universités devraient concentrer leurs efforts pour faire baisser l’échec en licence. Notamment en augmentant les horaires de tous les étudiants, et non d’une seule petite partie, et en intégrant les classes prépas dans les universités !», lui rétorque le président de l’UNEF, Jean-Baptiste Prévost. Excellence pour tous ou quelquesuns, le débat reste entier.

Philippe Jacqué

A Assas, les parcours sont adaptés au niveau de chacun
C’ÉTAIT en 2008, juste après avoir passé les concours d’entrée aux instituts d’études politiques (IEP), Marthe Corpet, mention très bien au bac, découvre l’existence du tout nouveau collège de droit de l’université Panthéon-Assas. Une licence de droit classique renforcée de plusieurs heures de séminaires en droit comparé, en gestion ou en philosophie du droit. «Je me suis tout de suite dit : la fac est sauvée! Et je me suis inscrite, et ce même si j’avais réussi les concours des IEP…»

Sélectionnée sur ses résultats au baccalauréat et après paiement de deux cents euros en plus du tarif conventionnel, Marthe Corpet vit désormais dans «une promotion de têtes de classe, où le travail en groupe est très efficace. » Car ici tout est fait pour rappeler une école : week-end d’intégration, cours en petits comités avec des professeurs plus habitués à l’enseignement en master qu’en licence, diplôme du collège en supplément de leur licence… De quoi attirer des candidats qui autrefois hésitaient entre Science Po ou une classe préparatoire aux grandes écoles.

Licence différenciée
«En créant le collège de droit, nous avons voulu mettre en place une offre de formation en licence différenciée selon les publics, explique Louis Vogel, le président de l’université. Chaque année, nous recevons 2600 étudiants en première année… Si on met tout le monde dans le même circuit, on court à la catastrophe!»

Alors à côté du collège de droit, Assas a créé deux parcours de première année de licence (L1). Le parcours classique ouvert à la majorité des étudiants et un parcours de réussite offert à 120 étudiants volontaires. «Ce sont des étudiants qui sont quasiment sûrs de rater leur première année, car ils ont d’importantes lacunes en orthographe, par exemple. Or, en droit, cela ne pardonne pas», indique Louis Vogel. Cette L1 de réussite est allégée de trois matières de droit et renforcée de cours d’expression écrite et orale, de culture générale et d’un tutorat. «Et cela n’est pas une filière-ghetto, comme certains l’ont cru, car à la fin, si les étudiants valident leur année, ils reprennent en 2e année de licence classique», reprend le président d’université. D’ailleurs, 20% de ces étudiants réussissent mieux – à profil similaire – que ceux du parcours classique de L1.

«L’intérêt de ce système en plusieurs parcours, c’est que rien n’est figé, décrypte Denis Baranger, professeur de droit public au collège de droit. En L1 ou en L2, des étudiants se révèlent et s’ils obtiennent une bonne moyenne, ils peuvent rejoindre le collège de droit. Quant aux étudiants du collège, s’ils n’obtiennent pas 13/20, ils retrouvent le parcours classique.» L’an dernier, environ un tiers des étudiants sont sortis en fin de L1 du collège et un peu moins lors de la seconde année. «Mon rêve serait qu’un étudiant ayant commencé dans le parcours de réussite puisse finir lauréat du collège de droit ! », assure Louis Vogel. Quant à Marthe Corpet, qui vient de rejoindre les rangs de l’UNEF (gauche, majoritaire), le premier syndicat étudiant, son rêve serait que tous les étudiants d’Assas puissent bénéficier du collège de droit : «Tous les étudiants doivent avoir accès à ces conditions d’études exceptionnelles!»

Ph.J.

Louis Vogel (Panthéon-Assas) : « Le plus grand des maux de l’université disparaîtra quand chaque établissement affichera sa spécificité »

mer 29 septembre, 2010

Louis Vogel (Panthéon-Assas) :
« Le plus grand des maux de l’université disparaîtra quand chaque établissement affichera sa spécificité »

« La Lettre » vous livre, en exclusivité, les bonnes feuilles du livre de Louis Vogel « L’Université une chance pour la France », qui sortira aux PUF le 15 septembre. Soutenant la loi Pécresse sur le fond tout en dénonçant les maladresses de sa mise en oeuvre, le président de Panthéon Assas donne sa vision de l’avenir des universités françaises, seules à même selon lui de relever le défi de l’économie de la connaissance.

Si, à long terme, le président du PRES Sorbonne Universités rêve d’intégrer au sein des universités le potentiel des grandes écoles et des grands organismes de recherche, Louis Vogel donne des propositions concrètes de réforme de l’université, en s’inspirant de celles menées dans son établissement. Au programme : différencier les établissements entre eux et adapter leurs parcours de formations aux différents publics étudiants, plutôt que de sélectionner a l’entrée. Comme une réponse à son concurrent de la rue Saint-Guillaume (cf La Lettre n° 958)… Extraits.

« DIFFÉRENCIER LES ÉTABLISSEMENTS »
« Le plus grand des maux de l’université, la sélection par l’échec au cours des premières années, disparaîtra quand chaque établissement affichera sa spécificité par rapport aux autres
[...] L’autonomie, qui libère de l’université générique en individualisant les établissements, est le seul moyen de réaliser cette différenciation. C’est le bon sens :  il est absurde d’imposer à tous les étudiants de suivre le même parcours. [...] Aujourd’hui, les étudiants sont affectés dans les universités, quel que soit leur niveau et indépendamment du programme offert, un peu comme si, dans une classe de sport, forts et faibles s’entraînaient ensemble de la même manière, sans tenir aucun compte des talents de chacun. Cette indifférenciation nivelle l’enseignement par le bas, sans pour
autant éviter un fort taux d’échec. II faut cesser d’agir comme si tous les établissements étaient semblables (c’est faux et ceux qui sont informés le savent bien) et donner au contraire à chacun la possibilité de développer ses qualités particulières. L’égalitarisme produit souvent l’inégalité.
Une université de faible notoriété acquerra un avantage comparatif en se spécialisant dans un domaine précis. En région parisienne, une faculté de droit qui se concentre sur l’arbitrage international tient la dragée haute, dans ce domaine, à ses homologues les plus cotées. C’est l’équivalent de New York en droit fiscal ou de Miami en droit environnemental qui, dans ces domaines, battent la très renommée Harvard. [...] Ce n’est pas non plus un nouveau modèle de sélection. Les ponts d’une université à l’autre resteraient ouverts, car on peut se « réveiller » à des moments différents de sa vie d’étudiant. Aux États-Unis, des étudiants qui ont commencé leur spécialisation dans une faculté régionale terminent fréquemment leurs études dans les universités les plus prestigieuses, comme Yale ou Harvard. [...] »

« DIVERSIFIER LES PARCOURS »
« Aujourd’hui, les étudiants ne se voient proposer dans chaque domaine qu’un seul horizon. Le droit offre un exemple presque caricatural de cette situation. Comme dans les autres domaines, le parcours d’enseignement dans le domaine juridique a d’abord été conçu pour conduire les étudiants jusqu’à la voie royale du doctorat et de l’agrégation. [...] Pour répondre aux besoins, les formations ne doivent plus se couler dans un moule unique, mais se différencier le plus possible. Toutes sortes de débouchés cohabitent en droit : le notaire, l’avocat, le magistrat, le juriste d’entreprise n’exercent pas le même métier [...] Les entreprises, les administrations, les cabinets d’avocats, les études de notaire ou d’huissier, les associations recherchent différents types de formation en droit, dont certaines courtes. [...] À l’étranger, c’est parce qu’elles sont différentes que les universités accueillent un plus grand nombre d’étudiants et les font réussir.

[...] Assas a déjà commencé ce travail, par exemple en proposant un « parcours réussite » aux étudiants les moins bien armés au sortir du baccalauréat. [...] Parallèlement, le collège de droit d’Assas reçoit des étudiants sélectionnés et leur délivre un diplôme de haut niveau dit « d’université », en plus du diplôme « national ». [...]
Généralisées, ces mesures simples nous permettraient de rattraper rapidement les universités britanniques ou américaines, dont le succès s’explique d’abord par la différenciation. [...]
Certains ont suggéré, pour éviter la sélection par l’échec, des solutions radicales comme la sélection à l’entrée à l’université : ce serait une mauvaise solution. Contrairement aux idées reçues, nous n’avons pas trop d’étudiants en France. Ils sont, au contraire, moins nombreux dans une classe d’âge que dans d’autres pays comparables. Ne les éloignons pas de l’université, mais proposons-leur des parcours adaptés à la diversité de leurs besoins, de leurs envies et de leurs aptitudes. Grâce à l’autonomie, nous y parviendrons. [...] »

« DÉCLOISONNER LES DISCIPLINES »
« [...] L’université devrait être plus ouverte pendant les premières années, allégée des enseignements trop spécialisés dispensés dès le début des études, à une période où l’étudiant n’est pas encore prêt à les recevoir, et plus spécialisée en fin de parcours. Des changements interviendraient aux deux extrémités du cursus : dans les premières années d’études et au niveau du doctorat. La révolution souhaitable fondrait, dans un « collège universitaire », les trois ou quatre premières années, partie non sélective des cursus, jusqu’au master. Cette réforme rejoint l’université des origines : l’enseignement des sciences et des humanités précédait celui donné par les écoles de droit ou de médecine. Ce bagage culturel représenterait un atout précieux pour la suite, quelle que soit la spécialisation finalement choisie. [...]
En outre, enseigner des savoirs trop spécifiques empêche toute réorientation dans les premières années. [...]
Le doctorat actuel, qui se prolonge souvent sur cinq ans ou plus, ne convient véritablement qu’à ceux qui se destinent à l’enseignement et à la recherche de haut niveau. L’institution d’un doctorat professionnel placerait de surcroît les étudiants français au même niveau que leurs homologues étrangers, allemands ou américains, et faciliterait leur mobilité internationale. Nos thèses longues nous empêchent de « fabriquer » suffisamment de docteurs. Or, le doctorat est le seul titre universitaire véritablement reconnu au niveau mondial. Assas, première université de droit de France, ne produit que 100 docteurs par an, y compris les thèses en sciences économiques, sciences de gestion et communication! C’est un handicap aujourd’hui pour la France que de ne pas produire plus de docteurs en droit. À condition d’être reconnues comme telles, les thèses courtes professionnelles ne dévaloriseront pas les thèses longues d’enseignement. [...] Qui veut encore sacrifier cinq ans de sa vie à rédiger une thèse, s’il n’envisage d’enseigner ? Les étudiants qui ont atteint ce niveau de capacité préfèrent s’orienter vers une grande école qui leur donnera immédiatement un statut sur le marché du travail. »

« CHANGER LA PÉDAGOGIE »
« Les études sont tristes en France et il est vital que cela change. [...] La réforme de l’université de 2007 détaille une foule de nouvelles règles sur la gouvernance de l’université, le statut des enseignants-chercheurs, les modalités de l’évaluation… mais reste silencieuse sur le contenu des enseignements ou la pédagogie. [...] Notre méthode d’enseignement, héritée du XIXe siècle et toujours en vigueur, n’est plus adaptée à notre époque. [...] D’un point de vue pédagogique, un enseignement en petits groupes serait beaucoup plus adapté comme l’ont bien relevé le président de la FED d’abord et surtout professeur d’économie à Princeton, Ben Bernanke, et son collègue Robert Frank, la qualité d’un cours d’université est inversement proportionnelle au nombre d’étudiants qui y assistent.
[...] En pratique, au lieu d’un cours en amphithéâtre devant 300 étudiants, divisons l’auditoire en trois groupes de 100 — le même cours étant prodigué trois fois — mais de manière interactive. Le cours magistral aurait été enregistré et mis en ligne avant le cours en petits groupes, afin que les étudiants le préparent. À coût constant, c’est-à-dire avec le même nombre d’heures, on changerait complètement l’approche. Cette réforme essentielle paraît parfaitement accessible. »

LES DIX PROPOSITIONS DE LOUIS VOGEL
Dans sa conclusion, Louis Vogel énonce dix propositions « pour revenir parmi les meilleurs ». Des propositions qu’il veut concrètes sans remettre en cause la loi LRU.
1. Revoir la pédagogie : un enseignement en petits groupes.
2. Ne pas spécialiser dès la première année.
3. Différencier les universités.
4. Diversifier les parcours au sein de chaque université.
5. Admettre de véritables dérogations au système d’admission postbac pour les universités qui ont développé des parcours spécialisés.
6. Abandonner l’idée d’une sélection en première année à l’université.
7. Rééquilibrer les pouvoirs internes au profit des universitaires : un « président-chef », chargé de gérer la « fac », ne correspond pas à la nature de l’université.
8. Favoriser les regroupements sans nuire aux disciplines minoritaires : le PRES ne devrait s’occuper que de gestion et de coordination.
9. Introduire des droits d’inscription progressifs.
10. Favoriser l’investissement des entreprises dans l’université.

Ouest france : II y a urgence pour la réforme des universités !

mer 29 septembre, 2010

Nombreux échecs en première année, manque de moyens, lassitude des enseignants. L’université va mal. Et pourtant, elle peut être un atout pour le pays et une chance pour des milliers de jeunes.
Entretien Louis Vogel, professeur de droit européen, président de l’université parisienne Pantheon-Assas et du Pôle de recherche et d’enseignement supérieur (Près) Sorbonne Universités. II siège au sein du conseil d’administration de la Conférence des présidents d’universités.

Pourquoi jugez-vous la situation des universités françaises dramatique ?
La situation est effectivement très préoccupante car la sélection se fait par l’échec. En moyenne, 50 % des étudiants échouent à l’issue de la première année. Les universités sont sous-equipées et les amphis bondés. Vous semblez très pessimiste, mais tout ne va pas si mal. Certes, il y a des progrès. Mais nous accusons un tel retard !
Avant les dernières mesures gouvernementales, un lycéen coûtait 10 200 € par an, un étudiant 6 800 € et un étudiant de grande école 14 000 €. Aujourd’hui, on est passé a 9 000 € pour l’étudiant, mais on est encore loin derrière d’autres pays, comme la Suède (14 000 €).

Comment se fait-il que près de 50 % des bacheliers échouent dès la première année de fac ?
Beaucoup de jeunes ont le bac, mais tous n’ont pas le niveau pour l’enseignement supérieur. Certains ne savent pas rédiger une dissertation, ni même s’exprimer correctement.

Quelle sont les pistes à privilégier ?
La sélection à l’entrée n’est pas une solution. Ce n’est pas en fermant l’accès à l’université qu’on réglera le problème. Nous devons au contraire augmenter la proportion de notre population active ayant une formation universitaire. Une solution consiste à créer des parcours diversifiés et des remises à niveau en 1re année. La reforme des universités de 2007 a tout de même apporté des changements… II y a une volonté avec le plan Campus et le grand emprunt qui prévoit notamment 8 milliards d’euros pour 5 à 10 campus d’excellence. Mais il faut que l’Etat suive !
On a commencé à s’attaquer a l’organisation. On a réduit le nombre de membres du conseil d’administration. Cela n’a pas changé le taux d’échec. II faut aussi que les reformes soient acceptées de tous. Que le pouvoir des présidents soit légitime et respecté. Mais aussi l’indépendance des enseignants. Vous constatez que la plupart des universitaires sont lassés et écœurés. Pourquoi ? Les bons lycéens vont plutôt en classe préparatoire et se tournent vers les grandes écoles. Certains préfèrent même l’IUT à la faculté car l’enseignement y est plus encadré. Les meilleurs professeurs sont à l’université. Mais les meilleurs étudiants n’y sont plus. II y a un vrai malaise !

Pourquoi préconisez-vous un rapprochement avec les grandes écoles ?
Il ne s’agit pas de fusionner grandes écoles et universités. II faut plutôt faire revenir les grandes écoles à l’université et encourager les étudiants des grandes écoles à faire de la recherche fondamentale, à se lancer dans des thèses. L’université a les laboratoires et de grands professeurs. II faut donc mobiliser les ressources.

Comment remédier au manque de moyens de l’université ?
Il faut qu’elle développe ses ressources propres par la taxe d’apprentissage avec ses masters professionnels, par ses diplômes en alternance, par la formation continue, par les réseaux d’anciens et des fondations. En France l’ensemble des universités perçoit 60 millions d’euros via des fondations : c’est ce qu’a HEC, à elle seule. Si cela ne suffit pas, il faudra augmenter les droits d’inscription en tenant compte des revenus des étudiants.

L’enseignement supérieur français peut-il avoir une dimension internationale ?
Dans le classement de Shanghai, la première université (Pans VI) est à la 39e place. Polytechnique, est après la 200e place, car les grandes écoles ne remplissent pas les critères internationaux. Cela reflète le décalage de la France. II faut réorienter le tir.

Que pensez-vous des admissions sur internet après le bac ?
C’est un système informatique aléatoire. Une machine ne peut pas seule décider de l’avenir des jeunes.
Recueilli par L’Université : une chance pour la France, de Louis Vogel, aux Presses universitaires de France, 92 pages, 10 €.

Jean-Jacques REBOURS

Le parisien : Elles ont signé l’alliance Paris Universitas

mer 29 septembre, 2010

L.P.
L’Ecole des hautes études en sciences sociales, située boulevard Raspail (VIe), est entièrement vouée aux sciences sociales (histoire, sociologie, anthropologie, archéologie…), avec 2 800 étudiants à partir du master, 1 500 chercheurs, 200 thèses soutenues par an, 80 centres de recherche. L’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris-VI), située en partie sur le site de Jussieu (Ve), est le plus grand complexe scientifique et médical universitaire français (chimie, électronique, informatique, mathématiques, médecine…), avec 4 000 enseignants chercheurs, 30 000 étudiants, dont 10 000 en médecine. L’Ecole normale supérieure, dite de la rue d’Ulm (Ve) , est l’un des établissements d’élite de l’enseignement supérieur français. Elle prépare environ 1 000 élèves à l’enseignement supérieur et secondaire, à la recherche, à la haute fonction publique, au journalisme. L’université Paris-Dauphine (Paris-IX), située sur les maréchaux porte Dauphine (XVIe), est un pôle scientifique de 9 000 étudiants, reconnu dans les sciences de gestion. Il couvre l’ensemble des grandes disciplines en gestion, économie, droit, sociologie et sciences politiques. La Sorbonne-Nouvelle (Paris-III), rue de la Sorbonne dans le Ve, créée en 1970 à l’issue du partage de l’ancienne faculté de lettres de Paris, est spécialisée en sciences humaines (langues, lettres, arts) et accueille 20 000 étudiants. L’université Panthéon-Assas (Paris-II), rue d’Assas (VIe), est la première université juridique de France (18 000 étudiants). Elle propose des formations en droit, sciences politiques et sociales, sciences économiques, sciences de l’information et de la communication.