L’argent

jeu 24 juillet, 2008

Nous ne sommes pas spécialement bien payés et ce n’est pas vraiment l’argent qui nous motive. Actuellement, il y a un décalage complet entre les rémunérations dans notre secteur par rapport à ce que les mêmes gens peuvent gagner dans le privé, juste à côté. Les avocats sortant de l’université gagnent tout de suite autant que les professeurs qui les ont formés et qui ont fait des études jusqu’à 45ans. C’est totalement illogique. Je ne voudrais pas que pour des raisons simplement économiques, il y ait une désertion de l’enseignement supérieur, je connais des gens qui auraient fait d’excellents professeurs mais qui préfèrent renoncer pour gagner plus d’argent dans le privé. Hier, quand on interrogeait les gens dans les travaux dirigés sur leur avenir, les meilleurs voulaient devenir professeurs. Aujourd’hui, ils ont du mal à dire ça : professeur, c’est pour beaucoup devenu très peu attractif parce qu’il y a trop de différence. Un professeur d’université est payé 5 000 euros. Un président d’université, 5 500 euros. Dans le privé, l’associé d’un grand cabinet d’avocats spécialisé dans le droit des affaires gagne 10 fois plus.

Opération Campus ultime sélection le 11 juillet

mer 23 juillet, 2008


Politique, jeudi, 12 juin 2008, p. 10

EUROPE & FRANCE

Les universités parisiennes finissent par s’allier pour rester dans la course

Catherine Rollot

LES UNIVERSITÉS du centre de Paris déposeront un projet commun dans le cadre de la seconde vague de l’« opération campus ». Le 29 mai, la ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse, avait dévoilé les noms des six premiers campus qui bénéficieront de 5 milliards d’euros issus de la vente de 3 % du capital d’EDF, pour se rénover. Aucun projet francilien n’avait alors été retenu.

Pour être dans les quatre derniers lauréats dont les noms seront connus le 11 juillet, les universités de Paris-II-Panthéon-Assas, Paris-III-Sorbonne-Nouvelle, Paris-IV-Sorbonne, Paris-VI-Pierre-et Marie-Curie se sont alliées avec leurs collègues de Paris-I, Paris-V-Descartes et Paris-VII-Denis-Diderot. « Il est inadmissible qu’aucun dossier parisien n’ait été retenu, », considère Gilles Béréziat, délégué général de Paris Universitas, une association qui regroupe sept institutions d’enseignement supérieur : Paris-II, III, IV, VI, Dauphine, l’Ecole normale supérieure (ENS) et l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

SOUTIEN DE LA MAIRIE DE PARIS

« La ministre a déploré un manque de concertation entre les universités parisiennes et une insuffisance dans l’implication de la ville. Nous répondons sur ces deux aspects », argue M. Béréziat. Outre l’élaboration d’un projet commun basé sur la renaissance de la vie universitaire au Quartier latin, les universités parisiennes assurent que la Ville de Paris est prête à abonder les sommes débloquées par l’Etat. Le comité de sélection mis en place par Valérie Pécresse avait jugé que le projet de Paris Universitas agglomérait des « opérations visant chacune isolément à améliorer la vie des étudiants » et qu’il manquait un « véritable projet scientifique ».

Sur les 46 projets déposés par 70 universités, 16 provenaient d’établissements franciliens (académies de Paris, Créteil et Versailles). Rien qu’à Paris, la ministre a dû choisir entre cinq projets différents. Les universités du centre de Paris avaient ainsi monté deux dossiers distincts. Pis, certains établissements avaient fait fi des alliances antérieures et s’étaient rapprochés de nouveaux partenaires. Ainsi l’université Paris-Dauphine, membre de l’alliance Paris Universitas, avait préféré faire cavalier seul. Même attitude du côté de l’EHESS et de l’ENS, qui s’étaient alliées avec des partenaires extérieurs à Paris Universitas.

« L’opération campus a créé des désordres, reconnaît Louis Vogel, président de l’université de Paris-II-Panthéon-Assas. Le vieux réflexe français qui consiste à monter chacun un dossier de son côté, voire deux, a encore fonctionné », déplore M. Vogel. Selon le président Paris-II, de« le point positif de la non-sélection des universités parisiennes est qu’elles ont été obligées de pratiquer la politique de la main tendue ». Rassemblés, les établissements de la capitale ne sont pas pour autant sûrs d’être retenus. « Si nous ratons ce rendez-vous, c’est une perte sèche. Les fondations et les levées de fond ne seront jamais un substitut à l’argent public », analyse Louis Vogel.

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Vent de réforme pour les formations juridiques

mer 23 juillet, 2008

Enseignement supérieur, le 21mars 2008

LAURENCE ALBERT ET VALERIE DE SENNEVILLE

Scandale d’Outreau, arrivée des cabinets multinationaux, concurrence accrue des grandes écoles… : les formations juridiques, réputées rétives au changement, sont aujourd’hui contraintes de se réformer.

Elles ont longtemps mérité leur réputation de facultés conservatrices, rétives à l’autorité comme aux réformes (passage au LMD, autonomie des universités…). Peu à peu, pourtant, poussées par l’évolution des professions du droit, les formations juridiques font leur mue. Revue de détail.

· ENM, une réforme nécessaire mais contestée

Considérée pendant longtemps comme la première concurrente de l’ENA, l’Ecole nationale de la magistrature devait, après Outreau, se réformer. Ce sera bientôt chose faite puisque son directeur présentera le 25 mars prochain devant le conseil d’administration 21 nouvelles mesures. Le concours d’entrée à l’école va être revu : la composition du jury est étendue à une personnalité de la société civile (journaliste, chef d’entreprise, médecin…), et le concours comportera un grand oral d’« évaluation des qualités humaines », entre autres, ainsi qu’un test psychologique de personnalité. Après un socle d’« apprentissage des techniques fondamentales », l’école ouvrira pour les auditeurs de justice une période de spécialisation plus longue (neuf mois au lieu de cinq actuellement). Un stage à l’étranger sera obligatoire ainsi que la maîtrise d’une langue étrangère. Même si elle a été mûrement réfléchie, cette réforme commence à susciter des remous. Après le Syndicat de la magistrature (SM, gauche), ce sont les auditeurs de justice (les élèves magistrats) qui s’en inquiètent. Selon eux, « ce projet supprime le caractère généraliste de la formation initiale », et insiste « sur les compétences éloignées de la vision humaniste de la profession ».

· Un marché de plus en plus concurrentiel

Sciences po a gagné la partie il y a un an jour pour jour. Le 21 mars 2007, le gouvernement l’a autorisé à présenter des élèves au concours d’entrée du barreau, une première depuis quatorze ans. Tollé des universités de droit, qui montent alors au créneau, par crainte de voir les grandes écoles s’engouffrer dans la brèche. Un an plus tard, l’offensive tant redoutée n’a pas eu lieu, mais le constat est là : les formations juridiques (et en particulier en droit des affaires) sont devenues un secteur très concurrentiel, investi par de nombreux établissements (Sciences po, HEC, Dauphine). Chasse aux meilleurs professeurs et élèves, partenariats avec les entreprises, des universités étrangères (Columbia)… : la concurrence est devenue « nationale avec les diplômes relevant des champs connexes » et « internationale avec le développement des cabinets multinationaux », précise dans un rapport la Direction de l’enseignement supérieur. « La stature du juriste augmente, le marché demande des gens de plus en plus spécialisés, mais nous, universités, nous pâtissons de notre image par rapport aux grandes écoles. Or, nous sommes le coeur du droit et une école pratique, on l’a un peu oublié ! Nous avons les meilleurs professeurs de droit, nous devons apprendre à nous vendre, être très offensifs», explique Louis Vogel, le président de l’université Paris-II Assas, qui vient de créer une école du droit et des consultations juridiques gratuites faites par des étudiants.

· Création en vue d’un conseil national du droit

Le rapport Truchet sur les enseignements juridiques, remis en janvier 2007, l’affirme sans ambages : les liens entre les professionnels du droit (juristes, administrations, juridictions) et les universités se sont un peu « distendus », même si, individuellement, les juristes continuent à être très consultés. « Il importe de resserrer les liens avec les professions, d’être à leur écoute, de faire appel à elles pour la recherche et l’enseignement », affirme-t-il. Suivant ses recommandations, le ministère de l’Enseignement supérieur va donc mettre sur pied un « conseil national du droit », lieu de rencontre entre les universités et les professions qui font appel aux juristes. « Il y a des recompositions dans le paysage du droit, nous devons adapter les formations aux débouchés professionnels », explique-t-on dans l’entourage de Valérie Pécresse.

LAURENCE ALBERT ET VALÉRIE DE SENNEVILLE

Financement : les facs parisiennes s’estiment lésées

mer 23 juillet, 2008

Le Figaro, mardi, 17 juin 2008, p. 10

France
ÉDUCATION Après avoir échoué à la première sélection du plan, elles sont obligées de s’unir pour espérer bénéficier de la manne financière en juillet.

Pech, Marie-Estelle

LES PRÉSIDENTS d’universités parisiennes sont en colère et tiennent à le faire savoir depuis qu’ils ont été exclus le 29 mai de la première vague du « plan Campus ». Ce dernier consiste à distribuer à des projets scientifiques innovants les cinq milliards d’euros issus de la vente des 3 % du capital d’EDF. Ils ne comprennent pas pour quelle raison Paris ne profite pas de cette manne alors que certaines de ses universités sont classées parmi les meilleures françaises.

« Vos projets sont trop morcelés », leur a répondu le comité de sélection nommé par le ministère de l’Enseignement supérieur. « Ils ont payé leurs ego personnels, commente un connaisseur du dossier. Il n’y a qu’à Paris que les universités ne se parlent pas entre elles ». Le cas du plateau universitaire de Saclay est exemplaire : douze projets ont été déposés pour un territoire très restreint… Cinq projets distincts ont été montés rien qu’à Paris. Pire, certains se sont défaits de leurs rapprochements antérieurs, comme Paris-Dauphine pour approcher d’autres partenaires. Un véritable casse-tête chinois.

Mais, selon les présidents parisiens, parmi les six projets sélectionnés (Strasbourg, Lyon, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Grenoble), aucun ne rentrera dans le top 20 mondial « comme le souhaite le président Sarkozy. À moins de changer les règles de calcul des classements internationaux… »

Pourtant, assurent-ils, « s’il y a une région, une ville qui a des besoins importants en matière immobilière, c’est bien Paris ». Gilbert Béréziat, président de Paris-Universitas, conteste le fait qu’un « comité qui se réunit une seule fois et qui n’a pas lu les projets » prenne la décision de rejeter l’alliance.

Second tour

Il regrette aussi que les 85 000 étudiants du centre de Paris ne suscitent pas autant d’intérêt auprès du ministère « que les 1 000 étudiants de Saclay ou que les 10 000 étudiants de Cergy-Pontoise ou de Marne-la-Vallée ». Pourtant, selon Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur, 1,3 milliard d’euros ont été investis depuis 1997 dans la capitale et un autre milliard est prévu dans le cadre des futurs aménagements parisiens. Elle cite également le travaux de Jussieu, la construction du campus de l’université Paris-VII et des rénovations prestigieuses comme le Collège de France. Les plans universités 2000, en 1990 et U3M en 1997, « ont avant tout concerné les villes moyennes et Paris. Aujourd’hui, c’est le tour des métropoles régionales », a-t-elle affirmé récemment. Selon elle, un ou deux projets parisiens pourraient cependant être retenus au second tour.

Pour Louis Vogel, président de l’université de Paris-II-Panthéon-Assas, l’absence de sélection des universités parisiennes a eu un point positif. « Nous sommes obligés de nous parler, de collaborer. Mais si nous ratons le deuxième rendez-vous, pour nous, c’est une perte sèche. Les fondations, les levées d’argent privé ne compenseront jamais le manque d’argent public. »

Pour garder une chance d’être sélectionnées, les six universités parisiennes ont donc finalement décidé de déposer un projet commun dans le cadre de la seconde étape de l’opération campus, le 11 juillet. Équipements sportifs et restauration vont être pensés sur l’ensemble de la capitale, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent.

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Les fondations partenariales rapprochent facs et entreprises

mer 23 juillet, 2008

Business Managers

vendredi18 avril 2008, p. TR14

Ressources Humaines

Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à signer des accords de financement avec des universités. L’objectif est entre autre de pouvoir recruter à terme des diplômés en phase avec leurs attentes.

C’est l’université Claude-Bernard-Lyon I qui a ouvert le bal des fondations partenariales, dans la foulée du vote de la loi relative aux libertés et responsabilité des universités, dite loi LRU, destinées à favoriser le rapprochement des universités et des entreprises (voir encadré). L’université a créé, dès l’été 2007, une fondation en partenariat avec trois entreprises de la région Rhône-Alpes : la Banque Populaire Loire et Lyonnais, le groupe chimiste Arkema et Sanofi-Pasteur. Recherche, financement d’équipements, amélioration des conditions de vie des étudiants sont les trois axes stratégiques retenus. Pour leur mise en oeuvre, l’établissement entend lancer une campagne de collecte de fonds d’un montant de 10 millions d’euros pour les quatre années qui viennent. Microsoft a déjà répondu à l’appel, s’engageant à verser 180.000 euros de dons sur trois ans dont les deux tiers seront consacrés au développement d’une plate-forme en e-learning.

RESSOURCES NOUVELLES

L’exemple de l’université Claude-Bernard a depuis fait des émules : l’université de Panthéon-Assas-Paris II a lancé à l’automne 2007 sa fondation partenariale, tandis que les universités Nice Sophia-Antipolis ou Dauphine-Paris IX mettent la main aux derniers arbitrages. La liste est loin d’être close. La plupart des 85 universités hexagonales ont compris l’intérêt de ce nouvel outil :  » C’est un moyen d’accroître nos ressources et de nous rapprocher des entreprises en nouant avec elles des relations dans la durée, pour leur permettre d’utiliser le potentiel des universités, aujourd’hui sous-exploité « , ne cache pas Serge Miranda, maître d’oeuvre de la fondation Jimagine, de l’université Nice Sophia-Antipolis. Le Crédit Agricole a déjà annoncé son intention de participer à hauteur de 1,5 million d’euros aux recherches conduites par l’établissement sur la banque du futur.

La recherche n’est cependant pas le seul aspect qui incite les entreprises à desserrer les cordons de leurs bourses…  » Nous souhaitons grâceà notre participation avoir uneinfluence sur la formation des futurs diplômés en introduisant dans les programmes des thématiques correspondant à nos besoins. C’est pour nous la certitude de pouvoir ensuite recruter des jeunes diplômés en phase avec nos attentes « , meten avant Jacques Berger, directeur-général délégué de Sanofi-Pasteur International. Actuellement en réflexion sur son implication dans ces fondations partenariales, BNP-Paribas va plus loin :  » Si nous envisageons de soutenir les universités dans lesquelles nous recrutons déjà, nous avons également l’intention de nous rapprocher de celles qui aujourd’hui ne font pas encore partie de nos cibles « , souligne Bénédicte Monneron, chargée du recrutement pour le groupe.

AMELIORER L’IMAGE DE L’ENTREPRISE

La participation aux fondations devrait en effet donner davantage de visibilité aux employeurs dans un contexte de  » guerre des talents « . D’où l’intérêt mis en avant par des responsables universitaires sur les possibilités, via les dons effectués par les employeurs, de promouvoir leur image au-delà de l’Hexagone :  » Un cabinet d’avocats qui a des projets en Chine peut très bien financer une année d’études sur place à un étudiant. Il se formera au droit local et sera ensuite susceptible d’être embauché « , explique Louis Vogel, président de l’université Panthéon-Sorbonne-Paris II.

 » Sans objectif de recrutement à court terme, la fondation peut également permettre aux entreprises de promouvoir leur image en investissant dans des thématiques qui sont de véritables enjeux de société « , ajoute Anne de Blignières, coordinatrice de la Fondation Dauphine-Paris IX, qui a ainsi retenu dans ces axes directeurs la création d’une chaire  » diversité ». Un sujet bien en phase avec l’air du temps…

Un engagement contre des avantages

La loi du 10 août 2007 est destinée à favoriser les associations entre universités et entreprises autour d’objectifs précis. Les entreprises qui effectuent des dons peuvent désormais bénéficier d’une réduction de leur impôt de 60 % du montant de leur versement, dans la limite de 0,5 % de leur chiffre d’affaires. Par ailleurs, la loi réserve au moins une place à un chef d’entreprise ou à un cadre dirigeant dans les conseils d’administration des universités resserrés.

Bataille sur le trésor immobilier des universités parisiennes

mer 23 juillet, 2008

Le 22 mars 2008

FONCIER LES PRÉSIDENTS MÉCONTENTS

Catherine Rollot

JEAN-CHARLES Pomerol, le président tout juste réélu de l’université Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, ne cache pas son irritation. Il estime être empêché de disposer des possibilités offertes par la nouvelle loi sur l’autonomie des universités. « Je n’aurai pas la dévolution immobilière car les énarques de Bercy ne veulent pas lâcher 13 hectares en bord de Seine », estime-t-il.

La loi sur les libertés et responsabilités des universités (LRU) prévoit que, dans un délai de cinq ans, toutes les universités accèdent à l’autonomie en matière de budget et de personnel, et qu’elles puissent, si elles le souhaitent, devenir propriétaires de leurs biens immobiliers.

Selon M. Pomerol, les conclusions d’un audit, rendu public fin mars et réalisé par l’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, sur son université montrent la réticence de l’Etat à céder le volet immobilier. « L’inspection répond par la négative sur le transfert de l’immobilier. Pourtant, si on avait eu un responsable du chantier de désamiantage de Jussieu, je suis persuadé que l’on aurait été plus efficace que l’Etat », note M. Pomerol. Son université, une des plus importantes de France, et la mieux classée à l’international, est au coeur d’un interminable chantier de désamiantage commencé en 1997 et qui devrait s’achever en 2013.

Cette frilosité de l’Etat ne devrait pas se limiter au cas de Paris-VI. L’ensemble du patrimoine immobilier universitaire s’élève à 18 millions de m2, dont une partie se situe au coeur des villes. Bien que souvent dégradé, ce parc représente à Paris un véritable trésor de guerre que la puissance publique n’est pas pressée de transférer à titre gratuit aux universités.

UN ÉDIFICE, DEUX PROPRIÉTAIRES

L’université de Paris-II-Panthéon-Assas dispose ainsi de près de 50 000 m2 au coeur de la capitale sur les 5e, 6e et 7e arrondissements. L’ensemble de la Sorbonne (Paris-I, Paris-III et Paris-IV) s’étend sur une multitude de sites, dont plusieurs au coeur du quartier latin. L’université Paris-Dauphine, elle, occupe 55 000 m2 en plein 16e arrondissement…

A ces freins politiques, s’ajoutent des difficultés dues à la spécificité parisienne. Dans la capitale, à côté de l’Etat, des acteurs comme la Ville de Paris ou l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris sont aussi propriétaires de locaux universitaires. Les bâtiments historiques de la Sorbonne appartiennent, par exemple, à la ville de Paris. Et le même édifice peut avoir deux propriétaires différents, comme à Paris-II. « La partie ancienne de mon bâtiment principal, place du Panthéon, appartient à la Ville de Paris, et la partie neuve à l’Etat, explique son président, Louis Vogel. Il me sera donc impossible de récupérer ce site. »

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Master en droit: profiter de l’embellie

mer 23 juillet, 2008

Longtemps boudés par les recruteurs, les juristes ont a nouveau la cote, mais à condition seulement d’avoir choisi les bons filons.

Embouteillées, les études de droit? Oui, sans doute. C’est l’une des disciplines de l’université qui rassemble les plus gros bataillons pas toujours bien informés sur la réalité des cursus et des débouchés. Avec, en filigrane, cette idée un peu fallacieuse que le droit mènerait à tout. Ainsi, à la dernière rentrée universitaire, on y comptait pas moins de 185 000 inscrits! Au regard des besoins dans ces métiers, c’est bien sûr beaucoup trop. Bien des diplômés en font chaque année l’expérience, qui peinent à trouver un job. Ainsi, dans l’enquête de l’Apec qui compare le sort des débutants à bac +4/+5 selon leur spécialité, les juristes comptent parmi les moins bien lotis, que ce soit du point de vue du taux de chômage ou des salaires obtenus, inférieurs à la moyenne des diplômés.

UNE REELLE EMBELLE

Mais la tendance est globalement a l’amélioration avec, depuis quelques mois, une réelle embellie observée du côté des cabinets de recrutement comme Michael Page. Rémi Fouilloy, directeur de la direction juridique et fiscale constate: «Le marché se tend, avec même une pénurie dans certains métiers. C’est pourquoi les employeurs se tournent depuis peu vers les jeunes diplômés.» Mais attention, tous les diplômes ne mènent pas au petit cercle des professionnels chassés. Y compris dans le domaine globalement porteur du droit des affaires.

«Le simple master juridique n est pas suffisant», prévient Rémi Fouilloy. «Il ne faut pas faire comme tout le monde. Il faut s’ajouter des spécificités. Il ne suffit plus défaire du droit des affaires», confirme Louis Vogel, responsable du Master Droit européen des affaires de Paris-II. «Ceux qui s’en sortent le mieux ont le label international, ou affichent une double compétence», précise Rémi Fouilloy. L’école du barreau, autrement dit la préparation qui permet de présenter le Capa (certificat d’aptitude à la profession d’avocat) constitue un vrai plus. Selon l’enquête conjointe menée par l’école des barreaux de Paris et «La Lettre des juristes d’affaires», les titulaires du Capa se portent de mieux en mieux. Un an et demi après leur formation, 80% exercent en tant qu’avocat, les autres étant pour la plupart juristes d’entreprise, seuls 7% ne travaillaient pas dans le secteur. Côté rémunération, le tableau est là aussi satisfaisant puisque plus de la moitié d’entre eux annoncent une rémunération mensuelle supérieure à 3 000 Euros.

LES BONNES CORDES A SON ARC

Le nec plus ultra, c’est école du barreau et une école de commerce. Bien côtés également, ceux qui donnent une dimension internationale à leur CV. L’anglais n’est plus «un plus» mais «un must», et le semestre ou l’année à l’étranger constitue un réel bonus: «Les candidats qui ont décroché un Master of Laws (LLM) aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, comme celui d’Harvard, de Y aie, de MacGill, ou de la London School of Economies par exemple, sont les plus recherchés dans les cabinets d’avocats», confirme Rémi Fouilloy. Mais l’université possède aussi quelques belles pépites dans ce domaine, beaucoup moins onéreuses et tout aussi efficaces: les masters de droit bi-national de Paris-I. Les élèves recrutés sur bac ou bac +2 passent alors deux ans à Londres, Cologne, New York ou Madrid selon l’option choisie. Ou encore le magistère Juriste d’affaires européen de Nancy-II. Ses étudiants, souvent passés par deux pays différents, partent un semestre ou une année à l’étranger. Ils affichent également un stage de cinq mois minimum dont trois à l’international.

VISER LES SPECIALITES PORTEUSES

La fiscalité internationale, le droit social ou encore, dans une moindre mesure, le droit environnemental, sont parmi les spécialités les plus recherchées. Bien places également le droit de la construction et de l’immobilier. Mais là aussi, tous les diplômes ne sont pas sur un pied d’égalité. Certains sont plus connus des recruteurs que d’autres. En fiscalité internationale, le diplôme de Paris-II remporte les suffrages. Celui de Paris-I, dédié à la banque, finance, assurance, a su également se tailler une bonne réputation. Egalement prisé, le master Droit de l’entreprise et des affaires, ex-DJCE (diplôme de juriste conseil en entreprise). Créé par l’université de Montpellier, il est aujour-d’hui proposé par 11 universités. En droit social, le DPRT, le master Droit et pratique des relations au travail, fait un carton, celui de Paris-II en tête. Enfin, à noter également, les diplômes situés sur des marchés de niche comme celui de Paris-I XI, en droit des activités spatiales et des télécoms par exemple, qui profite actuellement de l’essor du secteur des télécoms.

PASSER LE CAP DE LA SELECTION

Dénicher les pépites ne suffit pas, y être admis procède parfois du parcours du combattant. Ainsi, au DJCE de Rennes-I, 250 candidats se disputent 30 places. Au master Droit européen des affaires de Panthéon-Assas, on frôle les 400 candidats. Idem du côté du DPRT de Paris-II. Sur certains diplômes, la concurrence peut même dépasser les frontières. C’est le cas du Master Droit des activités spatiales et des télécoms, qui n’a que deux autres diplômes équivalents dans le monde, au Canada et aux Pays-Bas: «On vise aussi les pays émergents comme les pays de l’Est, la Chine et l’Inde. La moitié de la promotion est internationale», prévient Philippe Achilleas, le responsable du master. Mais le jeu en vaut la chandelle: «Nos diplômés se casent dès la sortie», précise Bernard Teyssié, le responsable du DPRT de Paris-II. Idem du côté du DJCE de Rennes-I: «Mon problème, c’est de toucher les anciens. J’ai beaucoup plus de propositions que de diplômés», assure Danièle Mélédo-Briand, la responsable.

Encadré(s) :

COMMENT DEVENIR…

- Avocat II faut être titulaire d un bac +4, réussir l examen d’entrée à un centre régional de formation professionnelle d’avocat et suivre une année de formation théorique et pratique. La réussite à l’examen de fin d’année permet d’obtenir le Capa, le certificat d’aptitude à la profession d’avocat.

- Notaire II faut avoir un bac +5 puis suivre une année dans un centre régional de formation professionnelle notariale (CRFPN) et effectuer deux années de stage dans un office notarial, ou suivre deux années d’études dans une université conventionnée avec le Centre national d’enseignement professionnel notarial (CNEPN).

- Huissier II faut être titulaire d’une maîtrise de droit, mais 80% des candidats ont un bac +5. Puis accomplir un stage rémunéré de deux ans dans une étude d’huissier et réussir l’examen professionnel (qui n’est pas un diplôme).

- Magistrat II faut avoir un bac +4, être Français et avoir 27 ans au plus au 1er janvier de l’année du concours, pour passer le concours d’entrée à l’Ecole nationale de la magistrature de Bordeaux. Pour les admis, la formation dure trente et un mois. En moyenne, 20 à 30 candidats pour un seul poste.

TEMOIGNAGE

GAELLE GOUDET, UN JOLI PARCOURS 100% FAC

En octobre dernier, Gaëlle Goudet est sortie major de l’Ecole française du barreau. Son profil est atypique, car elle est issue d’une formation 100% universitaire, sans passage par une grande école. «Après quatre années très généralistes, j’ai fait un DEA de sociologie du droit et j’ai obtenu l’examen d’entrée au barreau en 2003. Je n’ai pas intégré l’école tout de suite car je voulais connaître le monde professionnel. J’ai donc enchaîné les stages pendant neuf mois dans de petits cabinets. Cela m’a permis de me découvrir une passion pour le droit international. J’ai donc intégré le DEA Droit international à Paris-ll. Durant cette année d’étude, j’ai participé à un concours international d’arbitrage et j’ai eu le coup de foudre pour cette discipline. Puis je suis rentrée à l’école du barreau et ai fait trois stages: le premier dans un tribunal de commerce, qui m’a permis de comprendre ce qu’il fallait faire ou pas en tant qu’avocat. Le second dans un petit cabinet, où j’ai traité des questions techniques, auxquelles on n’a plus accès dans les grands cabinets. Ma dernière expérience s’est faite dans la section arbitrage international du cabinet White&Case, qui m’a ensuite embauché en tant qu’avocate associée.»

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