Concours de plaidoirie d’Assas

jeu 31 janvier, 2008

Les joutes oratoires se sont révélées d’une très grande qualité, aussi bien sur le fond que sur la forme, les « apprentis » avocats se montrant à l’aise dans leur rôle et faisant honneur à la robe qu’ils portaient.

La délibération a été fort délicate car les membres du jury ont eu beaucoup de mal à départager les plaideurs.

Comme l’a souligné Monsieur Christian Charrière-Bournazel, ils « n’ont pas tranché puisque tous sont vainqueurs et attendus de pied ferme par leurs futurs confrères de l’Ordre de Paris ». Madame Perrette Rey a constaté avec une grande satisfaction qu’ « il ne manquait pas grand-chose à ces jeunes gens pour devenir vite opérationnels sur le terrain ». Quant à Monsieur Vincent Lamanda, lui-même ancien étudiant de Paris II, il a affirmé « avoir pris un grand plaisir à participer à ce concours qui a bien montré que l’art de l’avocat est de donner un éclairage sur une affaire ».

Le président Louis Vogel, heureux de constater que « Paris II entretien un lien étroit et constructif avec les institutions judiciaires », a remis le premier prix de plaidoirie en demande à Antoine Vey et le premier prix de plaidoirie en défense à Vivien Makaga Pea. Leurs challengers, Samir Idir et Samuel Lemaire, ont reçu les seconds prix, respectivement en demande et en défense.

Tous se sont dits prêts à recommencer cette expérience qui les a confortés dans leur vocation. Ils encouragent leurs camarades à suivre leur exemple et à profiter de cet enseignement précieux.

Et quel meilleur mot de la fin que celui du plus haut magistrat de France ? Monsieur Vincent Lamanda a en effet déclaré « Paris II forme de bons juristes, d’excellents orateurs et de très bons futurs praticiens du droit ».

La Croix – Concours de plaidoirie d’Assas

jeu 31 janvier, 2008

lundi 28 janvier 2008

Samir Idir fait les cent pas dans le couloir. Encore quelques minutes et cet étudiant en master I de « carrières judiciaires et sciences criminelles » enfilera par-dessus son jeans la fameuse robe noire tant convoitée. Rien de définitif, auvrai. Mais ce concours de plaidoiries a de quoi intimider le jeune homme qui, très tôt, a senti poindre en lui« l’envie de combattre l’injustice ». Dans la salle des conseils del’université, qui, avec ses boiserieset sa fresque allégorique, ne dépareillerait pas au sein d’un tribunal, tout le monde joue déjà le jeu. À l’arrivée du président et de ses deux assesseurs, on se lève et on reste debout jusqu’à ce que l’audience soit ouverte. Question de cérémonial. De respect et de gratitude aussi. Car ces trois professionnels qui ont accepté de juger une affaire imaginaire ne sont autres que le premier président de la Cour de cassation de Paris, la présidente du tribunal de commerce et le bâtonnierde la capitale. Tandis que deux premiers candidats s’efforcent, dans leurs rôles respectifs de demandeur et de défendeur, de tirer le meilleur parti de la jurisprudence, Samir Idir affûte ses arguments. Il devra porter les intérêts d’une famille dont l’enfanta été sérieusement blessé à la hanche au cours d’une colonie de vacances, alors qu’il jouait au rugby avec ses camarades. Sélectionné parmi une trentaine d’étudiants à partir de l’étude de ce cas réalisée par écrit, six heures durant, l’avocat d’un jour devra tenter de faire reconnaître la responsabilité de la commune, organisatrice du séjour. Il devra surtout réclamer près de 190 000 € de dommages-intérêts, une coquette somme qui tient compte notamment d’une perte définitive de capacité, mais aussi des conséquences d’un second accident – après son hospitalisation, l’enfant a été renversépar un cycliste –, qui aurait pu être évité si l’intéressé avait joui de toute sa liberté de mouvement. Samir Idir s’estime chanceux de « porter la voix de la victime ». Mais l’affaire, comme le reconnaît en aparté Vincent Lamanda, le premier président de la cour d’appel, est « d’une complexité juridique rarement égalée ». Entré en scène, l’étudiant, beau parleur, multiplie les effets de manches, espérant amener les juges à s’apitoyer sur « la souffrance physique et morale » de l’enfant. Au terme d’une argumentation très étayée, Vivien Amos Pea, apprenti avocat d’une commune qui passe pour « le parfait coupable », enjoint habilement aux juges « de ne pas céder au sentimentalisme ». Le droit, rien que le droit, réclame ce jeune Gabonais venu faire ses études en France. L’audience touche à sa fin. Le jugement – comprenez : le résultat du concours – est mis en délibéré. Au bout d’un quart d’heure, les trois « magistrats » font leur apparition dans les salons de l’université où l’on prépare déjà le champagne. Venu soutenir son concitoyen, l’ambassadeur du Gabon a le sourire aux lèvres. Vivien Amos Pea a été reconnu meilleur « défendeur ». Classé second dans la catégorie « demandeurs », Samir Idir a droit lui aussi aux honneurs et… à trois points qui, sur son bulletin de notes, viendront s’ajouter au total du semestre.

Denis PEIRON