Le patron d’assas plébiscite l’autonomie des universités
jeu 28 juin, 2007Jeudi, 28 juin 2007, p. 98
Le journal à 4 mains
MARDI 26
Pugnace jeune patron de Paris II – « Assas » -, un des temples européens de l’enseignement du droit, Louis Vogel plébiscite le projet de réforme des universités, repoussé d’une semaine. « Les cabinets juridiques franco-français perdent sans arrêt des parts de marché au profit des anglo-saxons . Les facs américaines veulent en profiter : Columbia veut s’installer à Paris pour proposer des masters valables sur la planète . Et comme ils paient mieux leurs profs, nous risquons de devenir une prépa des filières américaines . Pour éviter cela, j’ai besoin d’un système de gouvernance fort. » Il est paralysé par les lobbys des 140 élus de ses trois conseils. « Avec la nouvelle loi, et un conseil de 20 membres, les présidents de fac pourront être des managers gérant des projets de développement . » Va-t-il en découler des disparités entre facs ? « Il ne faut pas raisonner en termes de supériorité , mais de spécialisation . Une fac ne peut exceller dans tous les domaines. » Vogel veut se créer des leaderships dans certaines niches. En rapprochant juristes et managers : associé avec l’Essec, il postule la création de l’Ecole internationale de la régulation financière pour Paris Europlace.
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« L’autonomie, ce sera une vraie révolution »
sam 23 juin, 2007Le Parisien
VIVRE MIEUX, samedi, 23 juin 2007, p. 13
Universités
Propos recueillis par Charles de Saint Sauveur
L’AVANT-PROJET de loi sur l’autonomie des universités, qui sera présenté en Conseil des ministres mercredi avant d’être discuté à l’Assemblée, n’en finit pas de faire grogner la communauté universitaire, qui dénonce quasi unanimement le « passage en force » du gouvernement. Vu le climat de tensions, le président de la République, Nicolas Sarkozy, devrait recevoir lundi et mardi (séparément) à l’Elysée les présidents d’universités, les syndicats enseignants et les organisations étudiantes. Hier, le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) a confirmé ces crispations en adoptant à une large majorité une motion jugeant le texte ministériel « inacceptable en l’état ». La FSU, principale fédération de l’Education, s’est même payé le luxe de quitter la séance. Discutés jusque tard dans la soirée, les amendements présentés se sont heurtés à la volonté de la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, de « ne pas remettre en cause l’architecture du texte », explique son entourage. Louis Vogel, avocat de métier et nouveau président de l’université Paris-II (Assas), comprend les réserves, mais assure que l’autonomie sera une « vraie chance ».
« Cette illusion égalitariste est à la source de nos maux »
La future loi prévoit un passage à l’autonomie en six mois. C’est trop court ? Louis Vogel. Je comprends les inquiétudes : six mois, c’est sans doute un peu court, et une prolongation ne sera sans doute pas inutile pour bien expliquer les enjeux en interne. Il faut absolument réussir cette transition. Si elle se passe bien, ce sera une vraie révolution pour les universités. Après tant de temps perdu, voilà un vrai plus, un nouveau départ très excitant ! A Assas, je m’y attellerai rapidement. De nombreuses voix, dont beaucoup de présidents, craignent une mise en concurrence des facs. Et vous ? Sans doute, mais ne nous voilons pas la face : cette concurrence existe déjà. Qui peut vraiment affirmer aujourd’hui que tous les diplômes et tous les étudiants se valent, quelle que soit la fac ? Cette illusion égalitariste est à la source de nos maux. Or, avec l’autonomie, chaque université devra faire preuve de dynamisme et opter pour des stratégies payantes. Certaines pourront ainsi miser sur des filières pointues : par exemple Bordeaux dans le droit du vin. Nos universités ont tout à gagner de cette différenciation. Votre rôle de président va-t-il changer ? Complètement. Le resserrement à vingt membres du conseil d’administration, au lieu de soixante chez nous, va constituer de fait des vraies équipes de direction autour du président, qui deviendra du coup un vrai manager, un capitaine, au lieu d’être un simple arbitre. L’ambiance de travail sera complètement différente.
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La reforme Pecresse
mer 20 juin, 2007Le Figaro, mercredi, 20 juin 2007, p. 11
France Société
Un président manager et des conseils d’administration réduits
Ils ne compteront que vingt membres et les syndicats étudiants n’auront que trois représentants : rénovés, les conseils d’administration joueront un rôle moteur.
Marie-Estelle PECH
LA RÉFORME Pécresse va considérablement renforcer le rôle des conseils d’administration des universités et de leurs présidents. Une révolution ! « On passe d’un président arbitre à un président manager », décrypte Louis Vogel, à la tête de l’université Paris-II. Selon lui, cette conception « très novatrice » était attendue de longue date : « Il était temps qu’on arrive à ça. » Moins prisonnier d’un conseil d’administration pléthorique, le président va pouvoir « gouverner son université, ce qui est une nécessité aujourd’hui », insiste-t-il.
Le président sera « porteur de projets » et « jugé sur ses résultats puisque son mandat pourra être renouvelé une fois, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », précise Valérie Pécresse. La contrepartie, c’est qu’il devra être efficace… Il ne pourra plus se réfugier dans l’inaction en prétextant qu’il est pris en sandwich entre différents groupes de pression ou groupes syndicaux.
Au terme de la réforme, en effet, le conseil d’administration de chaque université comptera au maximum 20 membres, au lieu de 30 et 60 aujourd’hui. La petite université de Nîmes, créée l’an dernier, est dirigée par un conseil d’administration de 60 personnes pour 3 000 étudiants ! « C’est grotesque, s’enflamme un président, comment voulez-vous faire avancer le moindre projet dans ces conditions ? Les étudiants ou les personnels administratifs n’ont pas à se mêler du contenu des enseignements ! » Olivier Vial, président du syndicat étudiant Uni (droite), se souvient ainsi avoir eu à se prononcer sur l’installation d’un parcmètre devant son université lorsqu’il siégeait dans son conseil… « On n’est pas crédible lorsqu’on nous demande notre avis sur tous les sujets », souligne-t-il.
Ces mesures renforcent « le pouvoir du stratégique au sein de l’université, ce qui est une bonne nouvelle », se félicite Yves Lichtenberger, président de Marne-la-Vallée. Toutefois, Michel Lussault, vice-président de la conférence des présidents d’université (CPU), met en garde contre « la rigidité » d’un conseil restreint.
Parmi les 20 membres qui siégeront au conseil, l’avant-projet stipule que huit seront des représentants des professeurs et maîtres de conférence et sept des personnalités extérieures – dont deux représentants du monde économique et des entreprises, une personne ayant obtenu un diplôme dans l’université et exerçant une activité professionnelle et un représentant du conseil régional. Les étudiants auront trois administrateurs et les personnels administratifs deux. Aujourd’hui, ces deux catégories représentent chacune 25 % à 30 % des conseils. Les syndicats étudiants, Unef (proche du PS) et Fage (centre) en tête, ont protesté vigoureusement hier, estimant ne plus être suffisamment représentés. Valérie Pécresse assure qu’elle a « préservé les équilibres » entre les différentes composantes.
Enfin, des comités techniques paritaires au sein des universités permettront d’y concentrer le dialogue social. Les conseils d’administration pourront se concentrer sur les questions stratégiques.
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Les facs ripostent pour former les avocats
mer 13 juin, 2007SOCIETE, mercredi, 13 juin 2007, p. 11
Un arrêté autorise des étudiants de Sciences-Po Paris à passer l’examen du barreau.
COIGNARD Jacqueline
Les facultés de droit n’ont pas l’intention de laisser Sciences-Po Paris braconner sur leurs terres la préparation à l’examen d’entrée aux écoles d’avocats sans résister. Par la grâce d’un arrêté, publié en toute discrétion pendant le week-end de Pâques, certains étudiants de l’Institut d’études politiques (IEP) parisien (les diplômés en «carrières judiciaires et juridiques» ou en «droit économique») peuvent désormais passer l’examen du barreau (Libération du 20 avril).
Double offensive. Après avoir pétitionné contre ce «coup de force», les professeurs des facultés de droit ont opté pour une double offensive. Trois d’entre eux vont déposer un recours en excès de pouvoir auprès du Conseil d’Etat, pour demander l’annulation de cet arrêté du 8 avril 2007. Et Louis Vogel, président de l’université Panthéon-Assas (Paris II), a alerté Rachida Dati et Valérie Pécresse, les ministres concernées, sur les effets nocifs de cet arrêté.
Louis Vogel estime que cette mesure est mauvaise sur le fond, mais aussi en opportunité politique : «A un moment où on parle de la réforme de l’université, on lui porte un nouveau coup, en confortant le dualisme, en opposant les grandes écoles sélectives aux facultés accessibles à tous.» Et pour quel bénéfice ? «Dans cette concurrence inégalitaire, les facs vont perdre leurs meilleurs éléments, qui ne deviendront même pas de bons juristes puisque Sciences-Po favorise un enseignement court et généraliste du droit.» C’est l’université qui héberge les meilleurs professeurs (100 à Assas) et qui nourrit la recherche, dit-il.
Pourquoi, dans ces conditions, les titulaires d’une maîtrise en droit redouteraient-ils cette concurrence? «Parce que l’examen est un véritable concours décalqué sur ceux de la fonction publique, privilégiant les capacités de synthèse plus qu’une connaissance technique et intime du droit.» Selon Louis Vogel, on crée du désordre pour satisfaire les volontés d’expansionnistes de Richard Descoings, directeur de Sciences-Po, qui «se place dans une stratégie d’établissement et qui veut recréer une université». Ce dernier proteste : «Les professeurs d’université sont maîtres des examens du barreau ! Si les épreuves ne leur conviennent pas, qu’ils les changent et on jugera sur pièce.» Les étudiants des deux filières de Sciences-Po ne sont pas formés en trois semestres, comme le prétendent les détracteurs de l’IEP, mais «ils font du droit dès le premier cycle et un stage de six mois dans un cabinet d’avocats ou la direction juridique d’une entreprise», assure-t-il. L’IEP forme bien au concours d’entrée à l’Ecole nationale de la magistrature et ne voit pas pourquoi on lui interdirait de préparer à l’école du barreau. Si les facs s’énervent, c’est parce qu’elles veulent «maintenir le monopole de leurs diplômés à un concours professionnel». Mais, selon Richard Descoings, les avocats, eux, sont ravis : «Notez leur silence assourdissant dans cette affaire !»
Spécialistes. Le bâtonnier de Paris n’a pas encore fait sa religion. Me Yves Repiquet, «dans un souci du respect du contradictoire», a invité deux professeurs : Christophe Jamin (Sciences-Po) et Alain Ghozi (Assas). «L’un a défendu la capacité de Sciences-Po à former des esprits remarquables, dominant les domaines fondamentaux ; l’autre, le fait qu’on devient juriste par maturation, pas en formation accélérée, et aussi le caractère démocratique de l’université». Le bâtonnier en conclut que «c’est bien difficile de trancher», mais reconnaît que les avocats sont flattés d’attirer des gens «munis de diplômes de qualité». Il a demandé à ces deux professeurs de définir ce que serait l’examen de recrutement idéal.
Gérard Nicolaï dirige l’école des avocats de Paris (1 200 élèves sur les 2 400 formés en France) qui recale 50 % des candidats à l’entrée. «Certes, l’admissibilité comporte une note de synthèse mais aussi des épreuves très juridiques sur le système pénal ou le droit des personnes», dit-il. S’il estime que «les fins juristes sortent des facultés», il note qu’elles ne forment pas forcément les spécialistes réclamés par la profession, notamment en droit public et fiscal. Il regrette un «manque de dialogue entre les facs et les utilisateurs de diplômes» et souligne que 80 % de ses élèves sont passés par des prépas privées.
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