Je plaide pour la suppression de la nouvelle filière droit à Sciences Po Paris
ven 25 mai, 2007L’arrêté publié le 8 avril 2007, habilitant les étudiants de l’IEP de Paris à se présenter à l’examen d’entrée aux écoles du barreau, va, à court terme, profondément bouleverser les facultés de droit et, à moyen terme, en appauvrir l’enseignement. En effet, cet arrêté permet aux étudiants de Sciences Po Paris, diplômés des mentions « carrières judiciaires et juridiques » et « droit économique », après un parcours reconnu comme équivalent à une maîtrise de droit, de se présenter aux écoles de formation des élèves avocats, les CRFPA (Centre Régionaux de Formation à la Profession d’Avocat).
Tandis que les universités de droit demeurent garantes de filières d’excellence en quatre années, l’IEP propose tout au plus trois semestres d’enseignement juridique. Sciences Po Paris apporte une vision généraliste du droit au moment même où la vie professionnelle exige des spécialistes de plus en plus formés et de plus en plus pointus. Or, l’examen d’entrée aux CRFPA est aujourd’hui conçu de telle façon qu’il favorise, paradoxalement, les qualités d’expression, de synthèse et de méthode spécialement enseignées à Sciences Po, au détriment des qualités d’analyse, de réflexion et d’intuition juridique, indispensables au bon juriste.
Une telle décision, ciblant une petite centaine d’étudiants, risque de susciter un immense désordre au sein des facultés de droit. Emerge ainsi, un système éducatif à deux vitesses, opposant d’un côté, les grandes écoles sélectives, dont les programmes courts formeraient des juristes labellisés et de l’autre, les facultés de droit accessibles à tous, dont les cursus, pourtant très approfondis, ne formeraient que des juristes de deuxième niveau. Enfin, c’est dans les facultés que se déroule la recherche indispensable non seulement à l’enseignement mais à une vie professionnelle de plus en plus en mutation. En se faisant précurseur d’un accès hors filières universitaires au métier d’avocat, l’initiative de Sciences Po Paris risque d’ouvrir la voie à d’autres stratégies identiques. Il en découlera une concurrence inégalitaire défavorable aux filières juridiques des universités pourtant déjà très fragilisées. Les facultés de droit perdront leurs meilleurs éléments, qui ne deviendront même pas de bons juristes. Un juriste français formé en seulement trois semestres ne sera jamais au niveau de ses confrères allemands ou américains dont les études juridiques sont autrement plus approfondies.
Des partenariats entre Sciences Po ou d’autres grandes écoles et les facultés de droit seront plus bénéfiques pour les avocats, les étudiants, les lieux d’enseignement, les professeurs et même pour le droit. La France ne devrait pas gâcher ses ressources en se dispersant, mais, au contraire, unir ses forces pour mieux affronter la concurrence internationale, véritable enjeu des dix prochaines années.




